Un lézard en hiver

Y’a plus de saison ma pôv’dame ! enfin si, depuis hier, on sait que c’est l’hiver, mais avant … Naïve comme je suis, je ne pensais pas, janvier oblige, voir bourdons et autres insectes butiner dans la joie et la bonne humeur. Et bien si. Quant à d’autres animaux, j’avais bien intégré le fait que leur manque de thermostat interne ne leur permettait pas de lézarder au soleil couchant. Lézarder. C’est bien le mot. Un ridicule rayon de soleil et le petit animal sort du lierre où il pionçait béatement. C’était le 27 janvier à Bordeaux. A quand les hirondelles en février ?

Sur la réserve

Nous n’avions jamais pris le temps de nous rendre dans la réserve naturelle du marais de Bruges en hiver. L’eau y est, c’est normal, beaucoup plus abondante qu’en été ; le chemin patouille bien un peu, mais la balade, aussi courte soit-elle, reste un grand moment de calme, simplement à regarder les animaux qui batifolent dans les mares, sans se préoccuper le moins du monde des paparazzi planqués derrière les vitres des affuts.
Sans grande surprise, nous distinguons un campement d’aigrettes surmonté d’un héron cendré. Les aigrettes sont trop loin pour que l’on puisse savoir s’il s’agit de l’aigrette gardette ou de la grande aigrette, mais ceci, au fond, importe peu :


Plus près de nous, les sarcelles d’hiver :


Faisant des ronds dans l’eau, le canard souchet, reconnaissable à son bec plat et allongé qui lui permet d’aller farfouiller dans la vase :


Faisant des ronds dans l’air, un couple de cigognes dont nous pensons avoir repéré le nid sur un point de la réserve non ouvert au public (mais en petite partie occupée par une exploitation agricole élevant les meilleurs vaches et veaux de Gironde) :


Et enfin, notre incontournable ragondin :

Collection # 128

Le bon air de la montagne
St-Pierre-d’Allevard (Isère), 24 et 25 décembre 2011

Et dire que la bouteille ne s’était pas brisée !

Le marin est superstitieux, du moins le dit-on. Et quand, lors du baptême d’un navire, la bouteille de champagne refuse de se briser contre la coque, on dit que c’est de mauvais augure. C’est ce qui est arrivé au Costa Concordia, l’augure funeste semblant être un capitaine approximatif. Effectivement, ce naufrage pue à plein nez l’erreur humaine, les médias en font suffisamment l’écho pour que j’évite d’y mettre mon grain de sel.
Cette catastrophe, indépendamment du drame humain qu’elle représente pour les victimes et leurs proches, pose la question de la course au gigantisme. Un bateau de 290 m de long, haut comme un immeuble. Lorsqu’il a été mis en service, en 2006, c’était le plus grand navire à avoir été construit dans le chantier de Gênes. Seuls trois autres chantiers navals au monde sont capables de pondre de tels monstres, dont celui de St-Nazaire. Actuellement, son carnet de commande n’est pas suffisamment rempli, même si deux paquebots de ce type viennent d’être commandés. Quid de la construction de ce type de navire si le secteur de la croisière entre en crise, même passagère, après cet accident que l’on croyait improbable ?
Des bateaux puissants, stables, un équipage pléthorique, on se dit que ça ne peut pas chavirer. Mais les procédures d’évacuation sont-elles au point ? manifestement non sur le Concordia, où la panique a rajouté à l’impréparation son lot d’horreurs (oui, des gosses ont été bousculés par des adultes qui voulaient sauver leur peau). L’adage « les femmes et les enfants d’abord », c’est bon pour le cinéma !
Construire toujours plus grand pose aussi des problèmes techniques que les armateurs feignent d’ignorer. Le plus grand paquebot actuellement en service atteint les 365 m de long et transporte 4500 passagers et 2600 membres d’équipage. Quel port peut accueillir un tel engin ? Il faut de la place, du tirant d’eau. Rien qu’à Bordeaux, seuls les bateaux dépassant à peine 200 m peuvent entrer dans le port de la Lune. Les autres accostent au Verdon, et c’est autrement moins sexy que les quais bordelais. Le problème du gigantisme est aussi posé par les assureurs : à combien chiffrer les primes de ces bateaux ? qui va réellement payer la casse ? la compagnie Costa vient de perdre un bateau quasi-neuf, le fleuron de sa flotte. Qui va rembourser la totalité ? et l’indemnisation des victimes ?
Au final, un accident d’une redoutable bêtise, des erreurs à répétition, beaucoup d’improvisation. Quel gâchis !


—> Illustration :
chantier naval de Saint-Nazaire en 2007, avec deux paquebots en construction (si si, regardez bien, il y en a deux l’un derrière l’autre).

—> A cliquer :

Collection # 127

Martigues (localisation)
26 décembre 2011

Pauillac, ce n’est pas que du vin

Je ne t’apprends rien, cher ami, cher lecteur, en te disant que Pauillac se situe dans le Médoc, haut lieu « qui se la pète » en matière de pinard à très cher la bouteille (ou pas). Ou alors, cher ami, cher lecteur, c’est que tu vis dans une grotte.
Soyons francs, à part traverser des kilomètres et des kilomètres de vignes, avant d’arriver à Pauillac, on ne voit rien. Et même une fois à bon port, c’est une bouteille qui accueille le marin et le passant, c’est dire à quel point le vin tient de la monomanie :


Donc que faire en ce lieu quand on n’a pas l’envie pinardière, parce-que vivre à Bordeaux n’est pas synonyme de dégustations quotidiennes ni de pochtronage systématique. On peut juste avoir envie de prendre l’air sur les bords de l’estuaire, ça change de la mer. Et ce jour-là, c’était samedi dernier, nous cherchions le soleil qui, le bougre, s’était réfugié au nord du 45e parallèle. D’où Pauillac, où une mouette posa pour la photo, histoire de nous souhaiter la bienvenue :


Les quais, classiques mais pas bien longs, font ressembler Pauillac à toutes les petites villes de l’estuaire de la Gironde :


Mais en marchant assez longtemps, parfois au bord de la route, nous arrivons à distinguer, derrière les hautes herbes, un bateau qui apporte ici-même les morceaux d’A380 afin de les décharger sur les barges afin qu’ils poursuivent leur route vers Toulouse, lieu du montage final :

2,90 m

Un chiffre, une limite, la possibilité de continuer à vivre là ou pas, à 2,89 m, tu dégages ! Retour sur les zones noires (hypocritement renommées « zones de solidarité »), ces secteurs touchés par la tempête Xynthia il y a presque deux ans et que l’Etat, déjà fauché mais faisant semblant de l’ignorer, voulait racheter à des fins de démolition. Parce-que « plus jamais ça », plus jamais la mer qui entre dans les maisons ; comme on ne peut pas arrêter la mer (des digues en bon état ? non ?), enlevons les maisons. Ce plan tient peut-être la route dans certains secteurs qui n’auraient jamais du être urbanisés, comme en Vendée. Mais à d’autres endroits, la décision de l’Etat ressemble à un abus de pouvoir et à une décision pour le moins hâtive. Les riverains du chenal de La Perrotine, sur l’île d’Oléron, l’ont vite et bien compris et se battent depuis pour sauver leurs villages : La Perrotine et Boyardville. Si une trentaine de bâtiments ont d’ores et déjà étaient vendus à l’Etat par leurs propriétaires, il en reste beaucoup pour lesquels les décisions définitives ne sont pas prises.
La semaine dernière, l’Etat a fixé l’altitude minimum à laquelle devait être construit chaque bâtiment pour être préservé de la démolition : 2,90 m. Mais, si ce chiffre ne semble pas faire polémique en lui-même, la colère gronde néanmoins. En effet, cette mesure ne prend pas en compte la présence de mezzanine car il semble difficile d’y accueillir 20 personnes. Tu connais beaucoup de deux-pièces cuisine pour 20 personnes, toi ? De même, la présence de marches surélevant le plancher habitable de la maison n’est pas pris en compte, or deux ou trois marches, ça change tout. Bref, les comptes ne sont toujours pas bons, mais les riverains ne perdent pas espoir, comptant sur la liste des incohérences pour inverser la vapeur. Selon la préfète de Charente-Maritime, il ne resterait plus que 25 bâtiments à détruire (20 maisons, 5 appartements), et les riverains espèrent faire descendre ce chiffre à 15. Affaire à suivre.


—> Sources :
trois articles récemment parus dans Sud-Ouest (« La zone de solidarité mieux définie à Oléron » le 3 janvier, « Xynthia hante toujours Boyardville » le 4 janvier, et « Dernier carré des expropriables » le 5 janvier)

Collection # 126

Les mouettes du Jardin Public
Bordeaux, décembre 2011 – janvier 2012

Première balade de 2012

Ce fut, comme il se doit, le 1er janvier sur une plage de l’île d’Oléron, d’ailleurs c’est écrit sur le sable :

La plage est celle de Vertbois :

 

Il n’y reste plus qu’un seul blockhaus (son petit frère, rendu dangereux par les assauts des tempêtes, a été démonté il y a quelques mois) :

Comme sur beaucoup de plages actuellement, tant en Gironde qu’en Charente-Maritime, le pouce-pied fait son nid sur tous supports, même pas très chics, genre vieux bout de bois issu de je ne sais quel bateau. Mais, pour la première fois, nous avons vu des exemplaires très jeunes de ces curieuses bestioles :

Peu d’oiseaux, à part quelques mouettes et bécasseaux, mais tout de même un huîtrier-pie, trop farouche pour que l’on s’approche davantage :

Et surtout, nous avons commencé 2012 en regardant l’océan, parce-que c’était quand même bien pour cela que nous étions là :

Petit à petit, Baba grandit

Petit rappel : Baba est le surnom donné au nouveau pont de Bordeaux, actuellement en construction, reliant le quartier de la Bastide (rive droite de la Garonne) à celui de Bacalan (rive gauche). Les piles gigantesques, devant porter le tablier levant du pont, sont quasiment achevées en rive droite et ont leur aspect définitif. La première partie du tablier, entre ces piles et le quai en rive droite, a été posée au mois d’août. La même partie de tablier, pour la rive gauche cette fois, devrait arriver à Bassens dimanche prochain. J’ignore sa date d’installation sur le chantier. Les piles côté rive gauche émergent enfin :

La dune en hiver

C’est typique de la vue imprenable. Tu as sous les yeux des reflets verts et mordorés, à la fois une extraordinaire douceur de la lumière et les couleurs vives d’une végétation rase mais présente. C’est la dune grise sur l’île d’Oléron, celle qui, presque nue en été (quoique …), se recouvre de lichens et de minuscules plantes, façon tapis, dès que l’humidité est suffisante. Et ça, la photo ne sait pas bien le rendre.

C’est donc la mye

Retour sur une récente balade au Cap Ferret : un mollusque baillant sur le sable, non identifié. J’apprends, auprès d’amis chasseurs-cueilleurs, qu’il s’agit d’un animal comestible appelé « mye ». Ça se prononce « mi » comme la note. En patois de l’île d’Oléron, on nomme ce coquillage « bedjar ». On le pêche à la bêche, sur les mêmes estrans que les couteaux, lorsque la mer est suffisamment basse (coeff de 80 minimum). Sa chair est réputée ferme, voire dure : il est conseillé d’en faire un hachis … ou de s’en servir comme appât pour les poissons. Il paraît que le bar adore ça. Et moi j’adore le bar.

Collection # 125

Pouce-pieds
Ile d’Oléron, décembre 2011 et janvier 2012

Un décret gravé

Un mur de l’hôtel de ville de Marseille. Une inscription attire notre attention :


Elle fait partie d’un ensemble législatif promulgué sous la Révolution, plus précisément le 2 octobre 1795. Il s’agit d’un « décret sur la police intérieure des communes de la République ». Par certains côtés, on y sent son Guéant. D’ailleurs, le même jour, une loi rattachait l’instruction publique au ministère de l’Intérieur. Tout un programme …
Ce décret vise à limiter le vagabondage, la misère étant sans doute plus difficile à voir qu’à vivre. Est ainsi institué un passeport intérieur, obligatoire pour tous les citoyens, et leur permettant, si ledit passeport est correctement visé par les autorités compétentes, de quitter leur canton. J’ai bien dit « le canton ». C’est petit, un canton. Pour ce faire, les communes doivent recenser les habitants de plus de douze ans, ce recensement ayant, on l’a bien compris, une finalité purement policière. Le quidam qui circulerait sans le fameux passeport et qui, c’est fâcheux, serait pris sur le fait, serait arrêté et, s’il ne régularisait pas sa situation, serait jugé voire condamné.
Cet article est complété par d’autres éléments qui vont dans le même sens, et qui explicitent partiellement l’inscription que j’ai lu à Marseille : ainsi, les communes sont responsables des délits commis sur leur territoire « par des attroupements ou des rassemblements ». L’article 6 du titre IV précise même, et c’est bien le sens de l’inscription, « Lorsque, par suite de rassemblements ou attroupements, un individu, domicilié ou non sur une commune, y aura été pillé, maltraité ou homicidé, tous les habitants seront tenus de lui payer, ou, en cas de mort, à sa veuve et enfants, des dommages-intérêts.«