Je parle bien sûr ici uniquement de la production d’électricité ; pour les transports, le sous-sol français ne contenant que trois gouttes de pétrole en Ile de France et deux en Aquitaine, l’idée même d’indépendance énergétique n’effleure personne.
Dans les années 1960, et plus encore après le choc pétrolier de 1973, nos gouvernants se lancent tête baissée dans le « tout nucléaire ». En 1975, l’électricité française est ainsi produite, pour un peu plus de la moitié, dans des centrales nucléaires. L’uranium est alors extrait localement, en particulier sur les marges du Massif Central et en Vendée. Mais l’autre moitié de l’électricité est largement produite dans des centrales thermiques classiques, à partir du charbon (que la France cessera de produire en 1984), du gaz (le gisement de Lacq est alors tout à fait exploitable et exploité) et du pétrole (quasiment totalement importé). Indépendance énergétique ? bof.
2001 : fermeture de la dernière mine d’uranium française, en Haute-Vienne. La France doit donc importer de quoi alimenter ses centrales si elle veut continuer à produire plus des trois quarts de son électricité via le nucléaire. Et c’est parti pour les grands voyages, qui apportent le minerai du Niger, du Canada ou d’Australie. Et oui, d’Australie ; ça fait un sacré bout de chemin, mais cette île-continent détient près du quart des réserves mondiales d’uranium. Mais ce n’est pas grave, on ne va pas remettre en cause des choix énergétiques pour autant. Après tout, au milieu des années 1970, il n’était pas rare d’entendre des spécialistes (mais spécialistes de quoi ? on se le demande …) envisager sereinement une production électrique à 85% basée sur le nucléaire pour l’an 2000, avec pas moins de 200 centrales sur le territoire (info reprise notamment par la Revue de Géographie de Lyon en 1975). Indépendance énergétique ? que nenni.
Et aujourd’hui ? centrales vieillissantes, arrêts de tranches à répétition. Dans un pays où l’électricité, pas assez chère pour le consommateur, est gaspillée (la mode du chauffage électrique est une totale aberration), la France doit importer du courant en hiver. Problème bébête : l’électricité ne se stocke pas et voyage mal. Faut faire venir les kilowatts du voisinage proche. Va donc pour l’Allemagne. Oui mais l’Allemagne, plus fine que la France sur ce coup-là, met à l’arrêt ses centrales les plus obsolètes, avant l’arrêt complet et programmé de la totalité du parc. Du coup, si l’Allemagne pourra subvenir à ses besoins cet hiver, elle ne pourra pas filer de courant aux copines. On risque la panne, ou du moins des coupures à répétition. C’est l’utilisation du nucléaire qui nous ramènera à la bougie, et non son arrêt raisonné. Indépendance énergétique ? et ta sœur ?
Quant aux médias qui, ne se contentant pas de nous informer de la pénurie qui s’annonce, montrent du doigt le vilain voisin germain, ils font de la désinformation. C’est malhonnête et dangereux que d’accuser les autres d’être responsables de ses propres erreurs.

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