Certains pourraient s’offusquer d’entendre parler d’eau à propos d’une ville qui a bâti sa réputation sur le pinard, et pourtant, eau et Bordeaux vont bien ensemble et pas seulement pour la rime. La ville dispose ainsi d’un service d’adduction d’eau de grande qualité (toutes les villes n’ont pas la chance de pouvoir fournir une eau de source au robinet) ainsi qu’un système de lutte contre les inondations réellement efficace à ce jour. Mais ce n’est pas de cela que je veux parler aujourd’hui.
En fait, c’est un article de Sud-Ouest qui a attiré mon attention ce matin, en me rappelant qu’au XIXe siècle, Bordeaux avait une maison de santé axée sur l’hydrothérapie, bref, un centre de cure thermale. Le thermalisme, s’il est aujourd’hui reconnu comme réel moyen de se soigner et s’il est même enseigné dans certaines universités (c’est notamment le cas à Bordeaux), a connu une longue période d’absence entre la fin de l’Antiquité et la fin du XVIIIe siècle, où il renait en Angleterre avant de devenir tendance en France.
Pendant l’Antiquité, les thermes avaient une valeur sociale, servaient aussi de lieu de détente et de loisirs. Puis on se mit à se méfier de l’eau, on croyait même qu’elle pouvait entrer dans le corps par les pores de la peau et transmettre des maladies : arrive ainsi la grande époque de la « toilette sèche » ; le corps, emballé dans sa crasse, est, croit-on, rendu étanche aux miasmes. Pour donner le change et ne point sentir trop fort, on change fréquemment de vêtements et surtout on met le paquet sur les parfums, du moins quand on en a les moyens.
Le XIXe siècle, hygiéniste, renverse la vapeur : l’eau, c’est sain, c’est propre, ça fait du bien. D’où la mode, là encore pour les classes sociales aisées, des bains de mer et surtout du thermalisme. Dans les villes commencent alors à émerger des « maisons de santé » qui soignent des gens pas plus malades que vous ou moi avec de l’eau minérale. Celle-ci peut être bue, mais elle peut aussi être administrée sous forme de douches ou de bains. C’est ainsi qu’à Bordeaux, tout près du Jardin Public, nait la maison de santé Longchamps, créée par un jeune toubib de 24 ans. Toutes sortes de douches et de bains sont proposées à une clientèle friquée et oisive, appréciant, après la trempette, la musique militaire invariablement jouée dans le Jardin tout proche. Après le succès bordelais, ce jeune médecin crée le premier centre thermal de Dax, qui est aujourd’hui la première ville thermale française en nombre de curistes. Néanmoins, le succès de cette thérapie ne dura qu’un temps : en 1901, la maison de santé Longchamps est vendue et devient un lycée. La mode du thermalisme a vécu, et ne renaît réellement qu’après la Seconde Guerre mondiale, après avoir prouvé (et fait admettre à la sécu en 1950 !) son utilité.

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