Collection # 111

Rouler sur les murs

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Cessons de nous faire bourrer le mou

Alors comme ça la grève des enseignants ne serait pas vraiment suivie, le ministère-manitou aurait même su tout ça avant le jour J. Plus fort que madame Irma et un conteneur entier de boules de cristal ! D’où le communiqué ci-dessous, docilement relayé par une presse que j’ai un temps cru plus critique :


Je ne parle pas du chiffre avancé pour l’enseignement primaire : je ne parle pas de ce que je ne connais pas. Par contre, il me semble utile de rappeler comment sont compter les grévistes du secondaire le jour même de la grève, et donc de montrer à quel point ce chiffre est en-deçà des réalités (par contre, le comptage final, qui sert à nous prendre nos sous, est fiable, lui) : à la première heure de cours du jour de grève, on compte les profs absents n’ayant pas fourni de motif auparavant (un prof malade reste dans son lit) et on rapporte ce chiffre au nombre total de professeurs de l’établissement, ce dernier chiffre comprenant donc aussi bien les profs qui n’ont pas cours ce jour-là que ceux qui commencent leur journée face aux élèves plus tard. Forcément, la proportion est beaucoup plus faible que la réalité, le ministre est content, il s’est menti à lui-même, il a menti à ses concitoyens, mais il est content. Quant à la méthode consistant à avancer des chiffres la veille, reportez-vous aux boules de cristal citées plus haut.

Déjà, en 1946 …

Bien sûr je serai en grève demain, et en manif aussi, forcément. Non pas que j’ai encore une quelconque illusion sur ce que répondra le gouvernement, mais pour faire pression sur le gouvernement qui jaillira de la présidentielle et des législatives du printemps prochain. Pour revendiquer quoi ? l’arrêt de la suppression des postes et de nouveaux recrutements, car nous ne sommes plus assez nombreux dans les écoles, les collèges et les lycées pour faire correctement notre boulot ; pour une meilleure attractivité du métier d’enseignant (ça passe par les salaires, mais pas seulement), seul moyen d’avoir un nombre suffisant de candidats aux concours ; pour une réelle formation des profs nouvellement recrutés, lâchés dans la fosse aux lions sans préparation ; pour une vraie politique de financement de l’école publique, qui passe par la fin des cadeaux au privé (or, les bahuts privés seront aussi en lutte demain, …) ; pour la remise en place de la carte scolaire, des ZEP et des RASED ; bref, pour une école égalitaire, ambitieuse, qui assure à chaque élève une place dans la société, qu’il soit ou non né avec une cuillère en argent dans la bouche.

Parmi ces thèmes qui me chiffonnent, certains étaient déjà d’actualité en 1946. Une manif des instituteurs parisiens, en vidéo muette sur le site de l’INA (voir ci-dessous), arborait quelques pancartes que nous pourrions fort bien reprendre aujourd’hui : « Pas de subventions à l’école privée » ou « Pour un bon recrutement / de meilleurs traitements ».

Vodpod videos no longer available.

Collection # 110

Fougère
Andernos, été 2011

L’hôtel Frugès

Deux heures d’attente pour visiter une pure merveille, ou du moins une petite partie d’une pure merveille : l’hôtel Frugès, dans le quartier St-Seurin, à Bordeaux, est occupé par deux propriétaires qui n’ont pas forcément envie que le visiteur lambda piétine la moquette des chambres ou se lave les mimines dans la salle de bain, apparemment hors normes (photo). De même, la visite se fait sous la houlette de guides et les photos sont interdites, y compris dans le jardin (un bonheur, pourtant), respect de la vie privée oblige. Les journées du patrimoine permettent tout de même d’avoir un bel aperçu de ce superbe bâtiment Art Nouveau (et aussi un peu Art Déco, voire orientalisant), l’un des deux propriétaires ouvrant sa porte au public (que cette dame en soit remerciée).
Cet hôtel particulier fut celui que l’industriel Henry FRUGÈS fit construire pour montrer au tout Bordeaux à quel point il avait bien réussi, financièrement parlant bien sûr. Meilleurs architectes, artisans hors de prix, tout y est. Henry FRUGÈS était en effet héritier d’un empire sucrier, et dans les années vingt, suivant en cela un certain paternalisme ambiant, il commanda à LE CORBUSIER une cité pour ses ouvriers, située sur la commune de Pessac.
Revenons à sa maison. Art Nouveau, donc : volutes, courbes, douceur, couleurs pastels. Mais aussi un peu Art Déco, avec formes géométriques et dessin stylisé. Le salon d’un des deux appartements actuels, autrefois salle à manger et pièce de réception, est conçu dans l’esprit d’une cabine de navire. FRUGÈS, hygiéniste, y a fait inscrire des formules de bonne santé, recommandant de manger peu et sain. On y voit aussi un tableau représentant une vue idéalisée du port de Bordeaux.
Le bâtiment a néanmoins souffert. Lorsque l’industrie sucrière traditionnelle, basée sur la transformation de la canne antillaise a subi de plein fouet la concurrence du sucre de betterave, Henry FRUGÈS a fait faillite et sa demeure a été saisie avec tout son mobilier, sauf deux pièces, qu’il a récupérées avant que les huissiers ne s’en chargent : une fontaine art déco en mosaïque, dont une copie se trouve aujourd’hui sur la pergola, et deux pierres blanches sphériques, dont les répliques se trouvent dans le jardin. Pendant près de 60 ans, cette maison a abrité un cabinet de radiologie, qui a ajouté des cloisons et détruit certains éléments de décoration. Cela ne fait qu’une douzaine d’années que ce bâtiment a repris sa fonction initiale, celle d’une habitation.

Un p’tit gars des chantiers

Un p’tit gars qui mesure quand même 180 mètres. De long. Mais quand ça vient des Chantiers navals de Saint-Nazaire, c’est plutôt une taille normale, puisque notre p’tit gars est un paquebot. Il a jailli des ateliers et des bassins de construction en 1998, en même temps qu’un autre sister ship (l’actuel Regatta, armé par la même compagnie : Oceania Cruises). Répondant tout d’abord au nom de Renaissance One, il a été rebaptisé Insignia par son actuel propriétaire, qui lui a offert un joli lifting pour son dixième anniversaire.
Paquebot assez classique, tel qu’on en voit plusieurs par an à Bordeaux. Il y était donc au week-end dernier, après avoir zappé son escale à Lorient pour cause de brouillard. Une belle tronche d’immeuble flottant, rien de si joli finalement, mais l’objet continue malgré tout de m’intéresser. Conçu pour une clientèle américaine qui ne connaît pas la crise (il faut compter environ 450 € par personne et par jour, tarif 2010), il propose à ses pensionnaires un service au petit poil : environ 370 membres d’équipage pour à peine plus de 700 passagers. Ces derniers y disposent de quatre restaurants, un casino, une piscine, des bars, des salles de spectacle, une piste de jogging, bref, tout ce qui justifie un tel voyage en meute. Presque toutes les cabines donnent sur la mer (seules 27 sur 342 n’y ont pas droit), avec même accès au grand air via un ridicule balcon qui fait très HLM amélioré des années 60. Mais il faut croire que cela plait : les trois-quarts des passagers sont là pour un 2e voire un 3e voyage sur l’Insignia. Au moment même où je vous blogue, le navire est accosté dans un port portugais.


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Collection # 109

Parasols