Le copier-coller ? c’est Commode !

La semaine dernière, je présentais ici-même un monument de l’antiquité romaine, en l’occurrence la colonne de Marc-Aurèle dont l’édification a été effectuée sous le règne de Commode. Or, notre Commode n’a fait qu’à copier : il existe une autre colonne du même style à Rome, déjà présente dans la ville depuis plus d’un demi-siècle lorsque Commode fait graver les guerres de son père sur du marbre. Cette autre colonne est celle de l’empereur Trajan, qui raconte sa lutte contre un peuple riverain du Danube, les Daces, et qui abrite en prime les cendres dudit empereur. Elle a été inaugurée en 113.
Moins haute que la colonne de la Piazza Colonna, la colonne trajane n’est pas moins intéressante, au contraire. Le dessin des bas-reliefs me semble plus subtils, même si certains points communs se détachent, comme cette impression que les soldats guerroyaient cul-nu :

Mais surtout cette colonne présente des scènes non guerrières, comme ce chargement de bateaux … :

… où le défrichement d’un espace non clairement identifié, les soldats attaquant les arbres à la hache, et ils semblent en baver :

Collection # 89

Détails de la Colonne de Marc-Aurèle (IIe siècle)
Rome, Piazza Colonna, février 2011



Retour du côté des prés salés

C’est un peu par hasard que nous avons en partie refait, samedi dernier, une balade du côté des prés salés d’Arès et de Lège, près d’un an après une première virée dans ce lieu à la fois très calme et déjà plein de moustiques ; depuis, le scénario qui domine à la maison, c’est « gratte gratte ». Cette fois, nous sommes partis du parking côté Lège pour aller jusqu’au port ostréicole d’Arès, toujours en longeant la petite rivière qui descend du Médoc :

Tout nous rappelle l’arrivée récente et tonitruante d’un printemps très attendu. Les bourgeons deviennent feuilles :

Les bourdons ronronnent dans les aubépines :

Le ragondin lutine la ragondine :

Pas une minute à perdre, ça bosse ! Sur le port ostréicole d’Arès, grand silence là aussi. Le boulot se fait pourtant, mais ailleurs :

Diaporam’art # 47

Les barbus

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Le récit d’une guerre

Aujourd’hui, la guerre se lit dans les journaux, on lit ainsi dans Le Monde que les forces de la coalition ont peut-être sous-estimé les possibilités offensives de Kadhafi, une spécialité française, ça, souviens-toi de Dien Bien Phu, camarade ! La guerre se voit aussi à la télé, s’écrit dans des romans, se dessine en bande, se tourne en film.
Mais avant le dolby surround, internet et le smartphone, on faisait comment ? remontons encore plus loin : avant le journal imprimé sur du papier, celui-là même sur lequel ta grand-mère épluchait ses légumes et son poisson ?
Avant, la guerre, on la gravait dans le marbre, le récit complet, de A à Z, avec les détails. La Piazza Colonna à Rome porte ainsi bien son nom : une colonne d’un peu plus de 50 mètres de haut permet d’y découvrir comment l’empereur Marc-Aurèle, franchissant le Danube, est venu à bout de peuples germaniques qui cherchait noise à son pré carré et à sa paix romaine. 20 blocs de marbres empilés, déroulant l’épopée en formant une spirale. Pour suivre vraiment toute l’histoire, de bas en haut, il faut une vue d’aigle et une nuque très souple, ou avoir pensé à prendre une paire de jumelles avant de partir en vacances, chose assez rare quand je fais du tourisme urbain.
Le monument fut gravé et érigé à la demande du fiston du vainqueur, empereur lui aussi, sous le nom de Commode, à l’extrême fin du IIe siècle de notre ère.

Collection # 88

Et que ça saute !
Skatepark du quais des Chartrons, Bordeaux, mars 2011



Une croisière sans le mal de mer

Sud-Ouest en avait dit deux mots et tiré trois lignes : un nouveau bateau était amarré dans le port de Bordeaux, un truc long de 110 mètres, plat comme une limande, fin comme une couleuvre, bref, un navire pour balader les touristes sans leur faire risquer le mal de mer puisqu’il s’agit d’un navire de rivière.

Samedi, je vois donc l’objet flottant clairement identifié, immatriculé à Strasbourg, ce qui ne manque pas d’originalité quand on porte le nom tout neuf de « Princesse d’Aquitaine », mais ce qui est logique dès lors que l’on apprend que le bateau appartient à une compagnie de croisière alsacienne, CroisiEurope.

Ayant une capacité d’accueil de 138 passagers répartis dans 69 cabines doubles, le « Princesse d’Aquitaine » prévoit d’effectuer une quarantaine de croisières cette année, en aval de Bordeaux, sur la Garonne, la Gironde et la Dordogne. J’ai aussi entendu parler de virées sur le Bassin d’Arcachon, mais là, il faudra m’expliquer par quelle route fluviale ou maritime le bateau pourra s’y rendre … Les balades durent de cinq à huit jours, avec escales dans notre beau pays pinardier.

Avant de batifoler dans la Garonne, ce bateau, tout juste sorti des chantiers il y a dix ans, frayait ailleurs, sous le nom de « Rhône Princesse ». Il existe un nouveau « Rhône Princesse » qui, comme son nom ne l’indique pas, navigue sur la Seine.

Première balade du printemps

Des heures et des heures passées à scruter l’évolution d’un monde fortement secoué. Un coup c’est la guerre, un coup c’est pas la guerre, et puis si finalement. Et puis Fukushima qui fond, Japon contaminé dans son lait, ses épinards et son eau, ce sont les gosses qui vont être contents, pourront boire du coca et manger des burgers. Pas drôle le monde. Inquiétude, forcément.
Alors, quand arrivent à la fois le printemps et le soleil, on se dit qu’une pause dans la nature serait une parenthèse bienvenue. Et si on se faisait un petit Teich ? dis-je à mon cher et tendre qui acquiesça sans autre forme de procès. Un petit Teich, ça veut dire dans notre langue poser le pédalo sur le parking du parc ornithologique et observer plantes et bêtes dans le domaine de Fleury, un circuit de 5 km en terrain plat, simple comme tout, mais, qui, à cette période de l’année, permet à la fois de circuler dans les douces odeurs d’aubépines tandis qu’il reste quelques beaux mimosas en fleurs.

C’est aussi la possibilité de voir dans le ciel voler quelques cigognes, sur l’eau nager canards et cygnes. C’est bizarre, pas un seul foulque cette fois-ci. Et puis enfin, si on se penche vers l’herbe et les ronces basses, on peut apercevoir des lézards king size, d’un vert soutenu.

Respirer, donc, marcher, regarder, profiter du silence, avant de retomber dans la réalité moins de deux heures plus tard, conscients de la dureté du monde, solidaires des victimes japonaises et des rebelles libyens, mais heureux.

Diaporam’art # 46

Au jardin

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What’s new ? [jeudi 17 mars 2011, 8 h 05]

  • Ce matin sur France-Inter, l’attaque annoncée des troupes de Kadhafi sur les zones encore tenues par les rebelles a été comparée à Guernica et à Srebenica. Une honte absolue pour la communauté internationale, qui, de tergiversations en nœuds au cerveau, laisse un dictateur fou massacrer son peuple : la rébellion libyenne en grande difficulté (Le Point).
  • Jusqu’à une date très récente, je gobais le discours ambiant selon lequel les centrales nucléaires japonaises étaient conçues pour être les plus sûres au monde, ou du moins parmi les plus sûres. Evidemment, aucune d’entre elles n’avait essuyé un séisme de magnitude 9 et un tsunami. Il s’avère que les normes de sécurité n’étaient peut-être pas si élevées que ça, prévoyant un séisme de magnitude 7 et rien contre les tsunamis : les centrales japonaises, « un problème sérieux » pour l’AIEA, révèle Wikileaks (Libé).
  • Terminons par une info sans aucune incidence sur le reste du monde, sauf peut-être pour ceux qui ne voient la vie qu’à travers le prisme de leur taux de cholestérol : quand l’œuf mayo devient un plat de luxe (Sud-Ouest).

Collection # 87

T’ar ta gueule à la récré
Grenoble, février 2011

Accompagnement musical : Alain Souchon, « J’ai dix ans »



Une vague remise au goût du jour

Inutile de parler longuement ici des événements qui se déroulent au Japon : tous les médias sont sur zone, occultant en grande partie un Kadhafi qui reprend du terrain et un Gbagbo dramatiquement obstiné. Dure loi de l’information. Pas envie non plus de polémiquer sur le drame nucléaire qui se noue : appelons un chat un chat, c’est bien d’une catastrophe qu’il s’agit, les centrales parmi les plus sûres au monde sont en train d’échapper à tout contrôle.
Les dessinateurs de presse sont aussi sur le pied de guerre, plusieurs d’entre eux utilisant et détournant la célèbre estampe d’HOKUSAI, La vague. Le plus réussi de ces dessins me semble être celui de MAËSTER, montrant bien le dilemme des choix énergétiques dans un pays à la fois ultra-sismique et très pauvre en ressources naturelles.
Cette Vague, justement, qu’en savons-nous ? un des titres plus précis de l’estampe est La Grande Vague, on l’appelle aussi La Grande Vague de Kanagawa. Kanagawa est une des 47 préfectures japonaises, une préfecture étant là-bas l’équivalent des départements en France, celle-ci étant dominée par la ville de Yokohama, située dans la baie de Tokyo :

Le tableau maintenant : archi connue, cette estampe de 1831 a été réalisée par HOKUSAI, dessinateur et peintre très célèbre de son époque, et fait partie de tout un ensemble d’œuvres consacrées au mont Fuji, volcan que l’on distingue en arrière-plan, minuscule derrière l’immense vague :

Vague d’un tsunami ? je l’ignore. Le Japon est un des pays les plus exposés au risque tellurique au monde, peut-être même le plus exposé. Tout Japonais a déjà ressenti la terre trembler, voire a pu vivre un tsunami (indépendamment du dernier en date). Cela fait partie du vécu collectif. Mais le choix de dessiner un mont Fuji ridicule derrière une grande vague peut aussi être un simple choix artistique, celui-ci permettant à l’auteur d’utiliser largement une encre nouvellement introduite au Japon : le bleu de Prusse.

Diaporam’art # 45

Les pêcheurs

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Des couleurs au bord de l’Isère

C’était un vendredi de février, dans le cadre de mes balades « une heure par-ci une heure par-là », juste avant de filer à Lyon. Me voilà dans la brume hivernale (on ne se rend pas compte qu’il y a de la montagne autour de Grenoble : on ne la voit pas ce jour-là), dans une zone industrielle grenobloise, avec une heure à tirer, un appareil-photo en main. Je passe au-dessus de l’Isère par une passerelle de chemin de fer, et me voilà devant le régal du jour : un immense mur où les tagueurs, grapheurs, barbouilleurs, se défoulent. Quelle longueur ? je l’ignore. Peut-être pas loin d’un kilomètre. Alors j’attaque.
L’ensemble est éclectique, plutôt réussi, et souvent assez drôle, comme ce boucher qui ne dépèce que des carottes, son épluche-légume en pogne, façon arme de destruction massive :

Restons sur la tambouille, avec cette abeille qui fait son miel :

Les vieux clichés des mythologies des cités ne sont pas en reste, avec cette petite caillera qui tague une boite aux lettres, il n’y avait rien d’autre à sa hauteur :

Plus gore (quoique !) avec un pan de mur en camaïeu de gris, genre « retour des morts vivants » :

Collection # 86

Balade dans le vieux Lyon
18 février 2011



L’incontournable retour des grues

Il y a pile un an à très peu de choses près, je narrais ici-même ma rencontre ébahie avec un vol de grues cendrées en pleine migration : cliquez ici pour la piqûre de rappel.
Ce midi, m’apprêtant à déjeuner dans le jardin, j’entends des cris d’oiseaux, je les reconnais, je repense aussitôt à ces grues de l’an passé. Elles sont, moins d’une minute après après, dans mon champ visuel, égales à elles-mêmes, fidèles au poste.

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Des perruches en pleine ville

D’après mes modestes connaissances sur les oiseaux, je pensais que les perroquets, toutes marques confondues, n’étaient pas endémiques à l’Europe et, si nous pouvions en voir, il s’agissait exclusivement d’animaux vivant en captivité.
Il faut toujours se méfier de ses a priori et des ses modestes connaissances sur les oiseaux, et surtout se méfier des humains qui les hébergent parfois avec légèreté. Un article émanant d’un site canadien, et datant d’octobre dernier, signale ainsi la présence de perruches (un perroquet vert) dans un certain nombre de grandes villes. Lâchées par leur propriétaire ou assez malignes pour faire fi des barreaux de leur cage, les perruches se sont retrouvées libres dans la ville, et, comme la tambouille n’y est pas si difficile à trouver, elles y fondent famille, voire bravent les hivers rigoureux de l’Amérique du Nord.
D’où la surprise que j’ai eu en février, à Rome, lorsque nous avons entendu puis distingué dans les branches, une magnifique perruche, formant avec l’arbre qui l’abritait un joli camaïeu de vert, dans le jardin de la Villa Medicis. La photo, faite à l’arrache avec un zoom trop forcé, n’est pas terrible, mais, en regardant bien, on y voit l’oiseau :

Diaporam’art # 44

Paris

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Franges, bandeau et nattes

True Grit (film de Joel et Ethan COEN)

Il y eut autrefois un True Grit avec John Wayne, même histoire mais autre manière de la raconter, je ne l’ai pas vu : je n’aime pas les westerns, enfin pas trop, enfin ça dépend. Par contre, les films des frères Coen ne m’ont pas à ce jour déçue, et une fois de plus la magie a opéré.
Les franges, ce sont celles de la tenue folklorique d’un Texas ranger interprété par Matt Damon, décidément capable de tout jouer, y compris un type un peu lourdaud et franchement chauvin, préférant son Texas natal à toute autre contrée au monde, et dont ici le personnage répond au nom de LaBoeuf, ce qui donne un délectable « Lebif » en VO. Le bandeau, c’est celui qui couvre l’œil du personnage interprété par Jeff Bridges, pochard de compétition, hargneux dès qu’il s’agit de mettre la main et le flingue sur un dangereux criminel moyennant un nombre significatif de dollars. Ces dollars sont en l’occurrence fournie par une gamine de 14 ans, désirant à tout prix venger la mort de son père : les nattes, ce sont les siennes. Une tchatche d’enfer, à tel point que quiconque négociant avec elle est sûr d’y laisser des plumes. Les deux mecs manient les flingues, elle manie la rhétorique, et parvient à accompagner les deux loustics dans la quête de l’assassin du papa, même si elle est encore en âge de recevoir une bonne fessée quand elle désobéit.
Au final, un vrai grand film d’aventure, avec les paysages de l’Arkansas, les rebondissements à la Indiana Jones (Spielberg n’est pas producteur de True Grit pour rien), les plans en plongée magnifiquement maîtrisés. Une histoire qui tient en haleine jusqu’au bout, de l’ours à cheval jusqu’au feu de bois en pleine nuit tandis que nos deux héros racontent leurs souvenirs de la guerre de Sécession, au moins ça dépayse !

Scène de crime

Tantale eut une fille, prénommée Niobé, qui, elle-même eut quatorze enfants avec le roi de Thèbes : les Niobides. Niobé fanfaronnait pas mal, se la pétait même carrément avec sa progéniture, se vantant d’avoir eu plus de mômes que Léto, qui, de fait, n’en avait que deux : Apollon et Artémis, qui décidèrent de tuer tous les enfants de Niobé pour restaurer l’honneur de leur mère. Il en va ainsi dans la mythologie grecque.
Dans le jardin de la Villa Medicis, à Rome, tout au fond dans un nid de verdure (les jardins italiens sont verts, sans fleurs ou presque, privilégiant l’art topiaire aux petites fleurettes), une représentation de cet assassinat mythologique a été disposée après avoir été retrouvée lors de fouilles archéologiques, les Niobides étant ici représentés en train de succomber sous les flèches d’Apollon et Artémis, ou tentant en vain de fuir. Les détails de quelques personnages sont visibles à l’annexe.

Collection # 85

Détails de la façade arrière de la Villa Medicis
Rome, février 2011



Un lieu où trouver la juste inspiration

La Villa Medicis, à Rome, est un petit bout de France en terre italienne, d’ailleurs c’est écrit sur le trottoir :

Le lieu, dont le bâtiment semble fort austère côté rue, a pour but d’encourager les arts sous toutes leurs formes, en dégageant les pensionnaires de toute contrainte matérielle. Pendant un an ou deux, les artistes, écrivains et historiens de l’art reçoivent une bourse qui leur permet de mener à bien leurs travaux, le lieu étant, selon la guide qui nous a fait faire la visite, propice à la « juste inspiration ».

Il est vrai que, si la façade est un peu triste quoique imposante, l’arrière du bâtiment est orné d’une pléthore de bas-reliefs, les jardins permettent la déambulation, la vue sur Rome est exceptionnelle, toutes choses qui guident l’esprit loin des contingences de ce monde.

Qui vient à la Villa, aux frais de l’Etat, celui-ci récupérant les œuvres et travaux des pensionnaires ? la guide nous a signalé la présence de 19 pensionnaires en février 2011, venus pour la plupart avec leurs familles (l’école maternelle française jouxte l’entrée de la Villa), et choisis sur concours. Parmi eux, des historiens de l’art (c’est le gros des troupes, ils étaient 10 en 2010), des plasticiens, des cuisiniers, des photographes, des designers, etc. Il est loin le temps du Grand Prix de Rome, où seuls peintres et sculpteurs venaient ici copier des œuvres antiques et montrer ainsi leur talent. Bien loin le temps où le peintre Ingres avait investi cet atelier toujours dévolu à la peinture depuis :

La disparition du Grand Prix de Rome, la création du Ministère de la Culture puis son ouverture à toutes les formes d’art ont eu raison du classicisme antique et de la copie comme preuve  obligatoire du savoir-faire. Bien que toujours privée (et donc non visitable en grande partie), la Villa Medicis ouvre ses jardins au public et accueille des expos temporaires (actuellement : Europunk).

—> Pour en savoir plus, notamment sur l’histoire de ce lieu : le site web de la Villa Medicis