C’était écrit

Non pas Xynthia elle-même en tant que telle, mais le triste bilan en Vendée, bien plus effroyable que sur une île de Ré qui a fini coupée en trois sans que le nombre de victimes augmente de façon exponentielle : c’était écrit, en effet. Après l’émotion des premières heures, des articles aujourd’hui analysent plus froidement les causes de la catastrophe en Vendée, et ce qu’il en ressort montre à quel point les pouvoirs publics, les investisseurs, les lotisseurs et les promoteurs ont fait preuve de légèreté face à un risque pourtant connu et mesuré depuis longtemps.
Les communes de L’Aiguillon et de La Faute-sur-Mer, qui cumulent à elles seules plus de la moitié des victimes de cette tempête, sont ainsi montrées du doigt. Dans les deux cas, on est dans une zone marécageuse, asséchée au moyen-âge en même temps qu’une bonne partie du Marais Poitevin. Ce ne sont au départ que de minuscules bourgs. Des digues les protègent des assauts océaniques, certaines datent du XVIIe siècle et aucune n’a moins de 70 ans. Ces bourgs deviennent des stations balnéaires prisées des classes moyennes (d’où la présence relativement importante de campings), mais aussi de retraités qui s’installent définitivement dans des résidences secondaires qui leur ont coûté bien moins cher qu’à La Baule, à Arcachon ou sur la Côte d’Azur, pour un taux d’ensoleillement souvent assez proche. La population a ainsi augmenté assez fortement : celle de La Faute a doublé entre 1962 et 2006. Il s’agit là uniquement de la population recensée dans la commune, donc des résidents permanents. Le bâti est lui essentiellement constitué de résidences secondaires, qui n’étaient qu’en partie occupées au week-end dernier : toujours pour cette même commune de La Faute, les résidences secondaires sont six fois plus nombreuses que les résidences principales. On a donc un bâti qui s’est densifié et qui surtout occupe désormais des zones très proches des digues (photo aérienne de L’Aiguillon prise en 2007, qui montre bien l’estuaire du Lay qui sépare cette commune de La Faute).
Ces digues sont connues comme insuffisantes et donc dangereuses depuis 2007 : un rapport est allé dans ce sens, auquel fait aujourd’hui référence un article du Monde. Le vieillissement des digues étaient pointé comme cause possible d’une catastrophe en cas de très forte marée, ce qui fut prouvé dans la nuit de samedi à dimanche. Des travaux ont été engagés, mais trop tard et insuffisants. Comme il est écrit dans l’article, « la mer, qui jadis allait jusqu’à Niort, a brutalement repris ses droits ». Or ce risque était connu, Météo-France a fait son boulot avec rigueur et précision, et rien n’a été fait, avant l’heure H, pour évacuer les populations dont il était prévisible qu’une partie allait y laisser sa peau.
A cela s’ajoute des règles d’urbanisme qui ont eu plus le souci de l’esthétique que de la sécurité : il est largement interdit de bâtir des maisons de plus d’un étage (il est vrai que la transformation de certaines zones de la côte vendéenne en Mur de l’Atlantique a de quoi dégoûter tout amoureux de la mer), et beaucoup sont de plain pied : pas moyen de se réfugier à l’étage, comme cela a pu se faire ailleurs. Slate cite ainsi une récente étude de la DDE de Vendée qui montre que la « mémoire du risque » a disparu, plus personne ne semblant savoir que ces terres aujourd’hui habitées ont été gagnées sur la mer. Cet article voit aussi, comme cause ayant participé à la lourdeur du bilan humain, l’âge de la population : beaucoup de retraités, une population plus âgée qu’en Charente-Maritime par exemple, et qui donc a moins pu faire face physiquement à l’événement en train de se produire.

—> Illustration : Alessandro TURCHI, Le Déluge, début du XVIIe siècle