Si ça, ce n’est pas l’info du jour …

De quoi, de quoi, vous ne savez donc pas ce qui agite le microcosme de la presse en ligne, là, aujourd’hui ? le type un peu zarbi qui a ouvert le feu dans un lycée strasbourgeois ? y’a pas eu de bobo, ça va pas tenir la une plus de cinq minutes. Le TGV qui s’est emplafonné une voiture près de Rennes ? pas de bobo non plus, mais comme ça a mis les train en retard, ça va bien jaser jusqu’à ce soir. La confirmation de la culpabilité de Total dans la marée noire de l’Erika ? Ah non, mais attends, je te parle d’info, pas de choses compliquées qui obligent à réfléchir …
Tu remballes donc les attentats divers et variés, Volvo racheté par un groupe chinois, l’Afghanistan, l’Irak, les ex-détenus de Guantanamo qui n’ont aucun moyen de subsistance, la disparition de Siné-Hebdo, la Grèce qui menace de couler, et même le premier essai de big-bang in vitro que les caïds du CERN viennent de réaliser.
L’essentiel, mes chéris, est ici : Madame Genviève de Fontenay quitte la société Miss France (c’est une marque, comme Louis Vuitton ou Lidl, à chacun son standing) et crée sont propre concours de miss à elle toute seule, sans la société Endemol qui fait rien qu’à l’embêter.  Parce-que vous savez pas la dernière ? Miss Paris s’est montrée nue dans un magazine people. Si madame. Nue. Chez les Fontenay, ces choses ne se font pas. On a sa dignité, du savoir-vivre. Une jeune fille ne saurait se montrer nue. Chez les Fontenay, madame, on porte au-moins un chapeau.

Collection # 41

Affichage libre



What’s new ? [mardi 30 mars 2010, 19 h 50]

—> Illustration : Jeff KOONS, Sandwiches, 2000

Un lycée à sauver

Un lycée expérimental, c’est trop rare en France pour qu’on en laisse un seul disparaître. Or, un lycée qui fonctionne différemment, qui implique les élèves à 100%, qui choisit de travailler sur d’autres bases que le cours magistral revisité (ou pas ! je connais des profs qui restent le cul sur leur chaise et qui débitent leur cours pendant toute l’heure, sans s’occuper des mômes face à eux, ça existe encore, c’est pathétique), ce type de lycée est non seulement utile, même indispensable, mais devrait surtout exister dans toutes les régions, on en est loin. A quoi sert un tel bahut ? à remotiver des jeunes qui n’ont pas trouvé leurs repères dans le système classique, mais qui sont intellectuellement fort capable de décrocher le bac et des diplômes du supérieur. Il faut juste leur donner la possibilité de travailler autrement.
Un de ces lycées est actuellement et brutalement menacé de fermeture : c’est le CEPMO, situé à Boyardville, sur l’île d’Oléron. Boyardville est le village de l’île qui a le plus souffert de la tempête Xynthia, mais le lycée, situé légèrement en hauteur, n’a rien eu. Si fermeture il y a, elle ne vient pas de là, mais d’une volonté municipale : le Rectorat de l’Académie de Poitiers loue les locaux du CEPMO à la commune de Saint-Georges-d’Oléron pour la somme de 10 000 € par an (les lycées expérimentaux ne sont pas forcément la propriété des conseils régionaux, et c’est bien dommage). Monsieur le Maire, dans sa grande bonté mâtinée de logique financière à deux balles, envisage très sereinement de multiplier ce loyer par dix. Soit il veut sciemment couler le lycée, soit le sens des réalités lui échappe. Il est clair qu’une telle hausse de prix n’est pas absorbable. Si le lycée ferme, les élèves se retrouveront à la rue, les profs seront mutés au mépris de tout le travail d’équipe réalisé. Un acte aussi médiocre, aussi mesquin, justifié paraît-il par la nécessité de faire d’importants travaux (je sais que les entrepreneurs en bâtiment de l’île appliquent facilement des tarifs hors normes, mais quand même …), n’attire que dégoût et colère. Parents, élèves et profs se mobilisent, plus ou moins bien relayés par la presse locale, en espérant que monsieur le maire ouvre les yeux et retrouve la raison.

Un jour les petits hommes verts se poseront sur le Bassin d’Arcachon

Un jour, c’est sûr, des Martiens, des Vénusiens, des Jupitériens ou des Gloubiboulguiens nous rendront visite à nous les Terriens. Ils y mettent le temps, mais la téléportation, ça demande des siècles et des siècles de réflexion, même si le temps passe plus vite sur Gloubiboulguie ou sur Mars que sur la Terre (par contre sur Vénus et Jupiter, y’a rien à faire, on s’ennuie, forcément le temps passe moins vite).
En 2002, un ovniport a été construit tout exprès dans l’Etat du Parana, au Brésil, mais trop tard : les petits hommes verts (et leurs grandes gigasses de bonnes femmes) savent bien qu’il ne s’agit là que d’une pâle copie. Le seul ovniport au monde se trouve sur le Bassin d’Arcachon, un joli (si ! si ! joli, faut juste s’en persuader), un joli monument le signale :

Dessus, gravé à l’or (ne lésinons pas, faut pas avoir l’air pingre pour recevoir ses amis), un long message qui dit notamment ceci :
« Le 15 août 1976, ce site a été réservé par décision de Monsieur le Maire Christian RAYMOND, approuvée par le conseil municipal pour accueillir sur notre planète les Voyageurs de l’Univers ».

L’idée a germé chez un électronicien qui considérait que si les extraterrestres ne venaient pas nous voir, c’était tout simplement parce-qu’aucune infrastructure n’était mise en place pour les accueillir. Là, au moins, nos potes martiens pourront passer l’été au camping, il est juste à côté.

What’s new ? [vendredi 26 mars 2010, 17 h 25]

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

—> Illustration : Pierre BONNARD, La toilette, première moitié du XXe siècle.

À nouveau quitter l’Irlande

Dans la première moitié du XIXe siècle, le territoire de l’actuelle République d’Irlande (donc sans l’Irlande du Nord, restée britannique) voit sa population fortement augmenter, passant de 4,5 millions à 8 millions en à peine cinquante ans. L’île est alors une terre prospère, où nul malthusianisme ne vient perturber une fécondité fort dynamique. La population actuelle de la République irlandaise est aujourd’hui légèrement plus faible qu’en 1801. Que s’est-il passé ? Où sont passés nos Irlandais ? Certes, la fécondité n’est plus aussi soutenue aujourd’hui qu’au XIXe siècle, voire même que dans les années 1960, où elle était encore très légèrement supérieure à 4 enfants par femme (le double d’aujourd’hui). Comme partout, la population vieillit, et la seule structure par âge de la population explique en partie la baisse de la natalité. Classique, mais pas suffisant. Ce sont plutôt les migrations qui nous donnent l’explication : l’Irlande est une terre traditionnelle d’émigration. On a plus ou moins appris à l’école cette histoire de l’émigration des Irlandais au milieu du XIXe siècle, hommes et femmes fuyant la famine provoquée par une maladie de la pomme de terre, et se retrouvant au Canada, aux Etats-Unis ou plus loin encore, ce qui eut comme conséquence de faire de New-York la première ville irlandaise du monde (vrai encore aujourd’hui), un peu comme Marseille est la première ville corse de France.

Cette émigration s’inscrit dans une tradition plus ancienne encore : au Moyen-Age déjà, il était habituel de voir des Irlandais partir tenter leur chance chez le voisin anglais. Du XVIe au XVIIIe siècle, la principale cause d’émigration irlandaise est religieuse, les catholiques étant contraints à l’exil par les protestants. On les retrouve alors en France, en Italie ou en Espagne, où ils n’hésitent pas à s’enrôler dans les armées nationales, surtout lorsque celles-ci envisagent de mettre la pâtée aux Anglais (la République d’Irlande nait beaucoup plus tardivement, l’Irlande n’est alors qu’une colonie de la couronne). Dans le courant du XVIIIe siècle, cette émigration irlandaise reste soutenue, mais davantage pour des raisons économiques : faim de terre et faim tout court (la pression démographique est forte), envie de faire fortune ailleurs ou de voir du pays. Un émigrant sur trois s’embarque pour l’Amérique. C’est la famine du milieu du XIXe siècle qui provoque la plus grosse vague de départs, presque tous pour le Nouveau Monde. A partir de cette période, l’émigration irlandaise reste soutenue, avec certes des hauts et des bas (lois contre l’immigration aux Etats-Unis dans les années 1920, …), mais sans jamais s’arrêter.

Il faut finalement attendre la fin du XXe siècle pour voir la tendance s’inverser, et du coup la population irlandaise repartir à la hausse (3,9 millions d’habitants en 1981, 4,2 millions en 2006). Ce phénomène s’explique bien sûr par un véritable miracle économique, qui a valu à l’Irlande le surnom de « Tigre gaélique ». L’essor débute réellement en 1973, lorsque l’Irlande intègre la Communauté Economique Européenne et récupère les aides financières qui lui ont fait défaut jusque là. Ce petit pays, qui jusque là vivotait entre l’agriculture et un peu de tourisme, change complètement de cap : grâce à l’aide communautaire, le PIB du pays double en cinq ans et lui permet de réaliser les investissements nécessaires à sa modernisation ; les années 1990 sont celles du boom économique irlandais, le taux de croissance annuel du PIB battant même le record chinois en 1997 (plus de 10%). Des firmes transnationales implantent leurs filiales, les usines tournent à plein régime, l’industrie irlandaise attire ouvriers et ingénieurs : le solde migratoire devient positif. Cette manne est largement le fruit de l’essor de l’industrie électronique et informatique ; je me souviens  que mon premier Mac, acheté au milieu des années 1990, avait ainsi été assemblé en Irlande. Cette croissance soutenue connaît certes quelques petites baisses de régime, mais globalement le niveau de vie augmente et permet aux Irlandais de faire comme les copains : vivre au-dessus de leurs moyens. Les prix de l’immobilier s’envolent bien au-dessus de la valeur réelle des biens (330 000 € pour une maison ridicule avec deux chambres, près d’un aéroport, qui dit mieux ?), mais c’est pas grave : les banques prêtent sans sourciller, le rêve du « tous propriétaires » se réalise.

Là-dessus arrivent 2008 et sa crise. C’est la bérézina. Déjà des entreprises avaient délocalisé leurs usines d’Irlande vers des pays low cost : le Mac sur lequel je vous blogue est made in China, ça ne surprend personne. La Pologne, les Etats Baltes, mais aussi l’Asie ont ainsi récupéré ce qui avait soutenu l’économie irlandaise. Chacun son tour. La crise intensifie donc un phénomène déjà plus ou moins en marche. Les prix de l’immobilier dégringolent, le chômage explose, les banques ne lâchent plus la moindre pépette sans des garanties grosses comme l’héritage cumulé de douze oncles d’Amérique plein aux as. Ce reportage réalisé par France 24 il y a six mois montre bien les causes et les conséquences de cette crise :

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

Que font alors nos Irlandais ? comme leurs ancêtres, ils repartent. Certes, ce ne sont plus des catholiques empêchés de bondieuser en paix ou des paysans crevant de faim, mais des gens diplômés, ingénieurs, scientifiques, … Ils reprennent les mêmes chemins que leurs grands-parents et arrière-grands-parents : les pays anglo-saxons (c’est pratique pour la langue) hors d’Europe, avec désormais un faible pour l’Australie et le Canada ; c’est toujours plus drôle que de retourner vivre chez papa et maman (autre tendance lourde en Irlande aujourd’hui). Le solde migratoire est redevenu négatif en 2009, année pendant laquelle le PIB du pays s’est effondré de plus de 7%.

—> Sources principales :

  1. Un article de Jean GUIFFAN, historien spécialiste de l’Irlande (université de Nantes) : la diaspora irlandaise (2003).
  2. Un article de Sébastien LABELLE, de l’université de Sherbrooke (Canada) : l’Irlande, tigre celtique ou modèle d’intégration ? (2008).
  3. L’article du Monde qui m’a donné l’idée de cette note : Irlande, le chant du départ (par Marie-Pierre SUBTIL ; article paru dans l’édition du 9 mars 2010).

—> Illustration : gravure montrant des émigrants irlandais sur un navire au XIXe siècle.

L’oncle qui venait du froid

La nouvelle a déboulé hier sous forme de dépêche AFP : et si nous avions un autre ancêtre du genre Homo, un autre cousin que Néanderthal ?
Tout commence lorsque des chercheurs allemands se mettent en tête de faire parler un os d’une phalange d’un auriculaire trouvé en 2008 dans les Monts Altaï, en Sibérie, par des Russes qui n’eurent pas l’air plus émus que cela : il faut dire qu’un fragment de phalange d’auriculaire, ça ne saute pas forcément aux yeux. Le verdict tombe : c’est de l’homme, ça, madame. Du vrai, du costaud, du genre Homo. Dans tous les cas un individu qui aurait été contemporain de Sapiens et de Néanderthal. C’est l’ADN qui a permis de trancher, et de permettre de supposer qu’outre Sapiens et Neanderthal déjà cités, il y aurait eu une troisième espèce humaine, chose que la découverte d’un trublion en Indonésie en 2003 (l’homme de Flores) avait déjà permis d’envisager.
Que sait-on de plus sur cet hominidé découvert en Sibérie ? qu’il a vécu il y a environ 40 000 ans, que ses voisins les plus proches habitaient quand même à 100 km de sa grotte (de sympathiques Néanderthal, mais à cette distance faut s’y prendre à l’avance pour lancer un apéro sur la terrasse), que ses ancêtres ont quitté le berceau africain bien après les autres hominidés, et qu’il a peut-être un ancêtre commun avec nos ancêtres à nous. Cette découverte oblige surtout à repenser complètement la carte des migrations des premiers humains une fois sortis d’Afrique, or cette carte est loin d’être tracée à ce jour. Belle aventure en perspective …

—> Sources : AFP, Nouvel Obs, Radio Canada.

What’s new ? [jeudi 25 mars 2010, 10 h 55]

  • La prostitution est-elle un métier comme les autres ? les réponses gouvernementales successives sont manifestement négatives, ce qui provoque la colère des personnes concernées : les prostituées manifestent contre les lois pénalisant le racolage (Les Inrocks).
  • Pas facile de vouloir s’informer sans raquer : LeMonde.fr tente le tout-payant pour les articles du journal papier (Rue 89). C’est simple : si mon abonnement de pauvre (6€ par mois ; à ce jour, rien n’est annoncé sur le site au sujet d’une éventuelle modification de cet abonnement en particulier) ne me permet plus de lire Le Monde, je me tire, et l’ancêtre de ce blog disparait du même coup. La carte bleue a ses limites.
  • Une querelle qui s’achève par la disparition de l’objet convoité ; un îlot ridiculement petit et inhabité était disputé entre le Bangladesh et l’Inde, il vient d’être englouti par les vagues : une île disparaît dans la baie du Bengale (20 minutes).

—> Illustration : Henri de TOULOUSE-LAUTREC, Une femme de maison blonde, fin XIXe siècle

Collection # 40

Rues de Toulouse




4e jour du printemps

What’s new ? [mardi 23 mars 2010, 10 h 50]

Combat à trois

L’océan, le sable et le vent fomentent contre une île : chaque année l’île d’Oléron rétrécit, ses plages sont rognées par l’action tenace d’un océan que le vent déchaîne, sans parler du sable qui envahit des zones plus intérieures. C’est la nature, on n’y peut rien, surtout pas lutter contre des dunes qui étaient là bien avant que l’homme invente le béton.
Premier exemple en images muettes mais qui bougent : la Grande Plage de Saint Trojan (repère 1 sur la carte). Le parking, déjà bien attaqué l’été dernier, a connu un assaut sableux de grande envergure lors de la grosse tempête de fin février, et la dune qui descendait en pente douce vers la plage a des allures de falaise :

Les deux photos qui suivent montrent sensiblement la même chose que la vidéo, d’ailleurs tout a été mis dans la boite à images le même jour. La deuxième photo permet de percevoir le vent qui entraîne le sable. C’était le 7 mars en début d’après-midi, le sable m’a filé une vraie gifle, ça fait mal.

Second exemple, attrapé aussi il y a deux semaines, cette fois sur la plage des Saumonards (repère 2 sur la carte), à la lisière de la forêt du même nom, ou plutôt en plein de ce qui était encore une forêt il y a quelques années. Le vent et l’océan ont balayé la dune, les arbres se sont retrouvés à nu, il n’en reste plus que des trognons ridicules (un de ces trognons a été déposé ce matin même à l’annexe : cliquez ici).

Le double-phare encore debout, mais le sémaphore …

Les suites de la tempête Xynthia n’en finissent pas de tirer à la ligne dans Sud-Ouest, qui, du coup, parle presque un peu moins de foot. Aujourd’hui, c’est le sémaphore de l’île de Ré qui est à l’honneur (lien vers l’article), sémaphore pour lequel il faut se « bouger le cul », je me permets ainsi de rétablir la citation d’origine, le journaliste ayant préféré, pour « la bonne moralité », remplacer la désignation commune du fessier par le trop mignon « popotin », c’est normal, y’a des enfants qui lisent le journal.
Trêve d’exégèse à deux balles, venons-en aux faits : nous avions donc, avant la satanée tempête, un phare qui menaçait de partir à l’eau, celui de l’île d’Aix (ancienne note sur le sujet). Une semaine après la tempête, il était encore debout sur ses deux pattes (puisque c’est un double phare), on voyait très bien tout ça depuis la plage des Saumonards sur l’île d’Oléron :

Par contre, le sémaphore de Ré tangue et vacille. La dune proche a reculé de 10 mètres dans la nuit du 27 au 28 février, fragilisant les bases de l’édifice déjà fort ancien (construction datant du milieu du XIXe siècle).  Le maire de la commune où se trouve le sémaphore craint que le bâtiment dégringole dans l’océan aux prochaines grandes marées de l’équinoxe de printemps (coefficients supérieurs à 100 du 29 mars au 1er avril). Et donc, plein d’énergie, il a obtenu des services de l’Etat un enrochement express de la dune, qui devrait être effectuer prochainement. Sous peu. Bientôt. Enfin, un jour.

What’s new ? [vendredi 19 mars 2010, 16 h 35]

  • T’es cap’ ou t’es pas cap ? Boire dans 365 bars en 365 jours, un défi que s’est lancé un journaliste new-yorkais qui, au passage, signale les bars où il ne faut surtout pas aller (Le Post).
  • De nouvelles fouilles archéologiques vont démarrer à la fin du printemps sur le seul vestige gallo-romain encore debout à Bordeaux, le Palais Gallien (photo ci-contre) : l’amphithéâtre questionné (20 minutes Bordeaux du 16 mars).
  • Ciudad Juarez, c’est le côté mexicain d’une ville jumelle, là où s’est développée l’industrie maquiladora, ainsi que pas mal d’autres activités annexes nettement moins légales et potentiellement mortelles : la capitale mondiale du crime est mexicaine (Ouest-France).

Collection # 39

Pont d’Aquitaine (Bordeaux)




Mode d’emploi : comment devenir président de la République Française

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

Les poissons noyés

Le littoral charentais, en particulier les îles de Ré et Oléron, abrite quelques fermes marines. Elles n’ont pas échappé à la vigueur de la tempête Xynthia, et, quand la mer ne les a pas rattrapées, c’est le vent qui a détruit tout ou partie des infrastructures. Si un site web de qualité médiocre (et dont je tairais le nom et le lien pour ne pas lui faire de pub) se vantait ce matin d’un bilan finalement pas si grave que ça pour les infrastructures touristiques (5% d’entre elles seulement auraient eu à souffrir de la tempête, presque toutes ont déjà rouvert ou pourront le faire pour les congés scolaires de printemps), pensant plus aux vacanciers qui pourront continuer à glandouiller en short à fleurs dans les marchés locaux l’été prochain, qu’aux habitants permanents des littoraux touchés (plus cynique, tu te pends à ton câble éthernet !), si donc, disais-je, certains ne pensent qu’à leurs plaisirs fugaces des prochaines vacances (tu verrais le nombre de requête gougueul qui atterrissent ici en demandant dans quel état est le camping bidule ou si le camping machin sera bien ouvert du 2 au 26 août …), il ne faut quand même par perdre de vue qu’il y a sur ces îles des gens qui vivent et qui bossent, et qui aimeraient bien reprendre assez vite une vie normale. Les éleveurs de poissons en font partie.
Sur l’île de Ré, la ferme marine de Loix, qui élève des turbots, a été totalement détruite, bassins d’élevage et bureaux compris. Les poissons ont rejoint la mer … ou pas ! (j’ai entendu dire que des sardines avaient été vues, semi-agonisantes, dans les rues de La Rochelle, tandis qu’une amie a vu des bars et des carrelets en train d’étouffer sur le bas-côté des chemins à Oléron, pour le plus grand bonheur des mouettes). Les sept salariés du site ont été contraints de se mettre en vacances, avant que des mesures de chômage prennent le relai. Une autre ferme marine de Ré a eu plus de chance : les bars sont toujours dans leurs piscines, mais le vent a arraché une partie des tunnels, envolé des plaques de plexiglas et tordu un portique. Les dégâts se chiffrent en dizaines de milliers d’euros.
Sur Oléron, la ferme marine du Douhet, qui élève des alevins de daurades, s’en sort mieux que ses homologues de Ré. Le marais a absorbé l’excédent d’eau et la marée s’est inversée au moment où l’eau s’approchait dangereusement de l’exploitation. Néanmoins le vent a détruit une serre, et surtout une coupure de courant, insuffisamment compensée par la mise en route de groupes électrogènes, a interrompu le chauffage et le pompage des bassins, obligeant les exploitants à sacrifier une partie des alevins. Cette entreprise, au final, souffre plus de la disparition d’une autre ferme marine du même type dans laquelle elle avait investi et qui, située sur le littoral vendéen, n’a absolument pas résisté à Xynthia. Les 36 emplois de la ferme du Douhet ne sont cependant pas menacés.

—> Source : Philippe BAROUX, « Après Xynthia : Loix perd sa ferme marine », Sud-Ouest, 11 mars 2010.
—> Illustration : la ferme marine du Douhet (Oléron) en juillet 2008.

Faut le fer !

Pendant longtemps, je suis restée assez admirative face une œuvre mêlant un arbre mort à des plaques de métal : L’Arbre du Millénaire, réalisé par l’artiste bordelais Jean-François BUISSON. Je déplorais seulement que cet arbre superbe ait été placé juste devant l’immeuble le plus hideux du quai Bacalan, voire le plus hideux de l’ensemble des quais (cliquez ici pour localiser). Il y a quelques mois, cet arbre a disparu, et c’est en lisant la presse locale que j’appris qu’il s’offrait une bonne toilette dans l’atelier de l’artiste.
Récemment, alors que j’effectuais une des ces balades à pied qui me mettent en pleine forme, je passe totalement par hasard sur une petite place où sont disposées des œuvres métalliques de grande taille. J’étais sans le savoir devant l’atelier de Jean-François BUISSON, atelier qu’il partage avec un collectif d’artistes locaux, « Les Vivres de l’Art » :

Je tournicote un peu dans cet espace ou trône un blockhaus, entre les arbres qui doivent être très agréables l’été, sans bien savoir si j’ai le droit ou non de pénétrer ainsi dans l’antre de l’artiste. C’est en voyant L’Arbre du Millénaire couché à terre que j’ai compris où j’étais :

Et là, forcément, j’ai regardé un peu partout. J’ai vu un bar adossé au blockhaus, un escalier qui ne mène nulle part, des meubles surprenants :

Et puis aussi des œuvres moins fonctionnelles, comme cet Homme de Vitruve :

—> A cliquer : le site web de Jean-François BUISSON. N’hésitez pas à cliquer sur « Galerie », c’est superbe. On peut notamment y voir L’Arbre du Millénaire in situ.

What’s new ? [mercredi 10 mars 2010, 14 h 45]

Collection # 38

Street-art dans le quartier Arnaud-Bernard
TOULOUSE – Rue Gramat – Février 2010



Retour d’Oléron

Une semaine après la tempête Xynthia : virée de 24 heures sur l’île d’Oléron. L’arrivée sur l’île ne laisse plus rien deviner des événements du week-end dernier. Le ciel d’un bleu limpide et la douceur de l’air tendent même à nous surprendre agréablement. La route des Huîtres, qui longe la côté orientale de l’île en gros du Château jusqu’à Dolus, ne semble pas avoir souffert le moins du monde, sa digue est intacte, or je sais que dimanche dernier une bonne partie de cette route n’était plus praticable. De loin, tout semble donc normal, habituel, paysage connu avec ses hérons, ses aigrettes et ses mouettes. Mais le village de Boyardville est totalement fermé, gardé par des gendarmes, et les pompiers s’affairent encore. Mais dans les champs et certains jardins, l’eau affleure encore et, de-ci de-là, on repère des tuyaux qui évacuent l’eau sortie des maisons par des pompes.
Petite balade jusqu’à la mer, du côté de la forêt des Saumonards, à quelques kilomètres au nord de Boyardville. La forêt sent franchement le sel, des arbres sont décorés façon Noël par des débris divers, des « laisses de mer », des branchages, des objets insolites assez fréquemment présents sur nos plages en hiver, se retrouvent là en pleine forêt : à vue de nez, je pense que l’océan a ici envahi la zone boisée sur une profondeur de 300 à 400 mètres, peut-être plus. Le sol est encore spongieux, là où le soleil accède facilement une croûte saumâtre s’est formée. Coup d’œil sur cette forêt, que nous avons longée par l’ouest :

Aujourd’hui, nous avons vaincu le vent cinglant et glacé (les températures se sont effondrées de plus de 10°C depuis hier), nous avons fureté sur l’île, un peu au hasard. Le plus poignant fut peut-être la zone ostréicole de Saint-Trojan : de loin, tout semble intact. Il y a bien une planche de guingois par-ci, une vitre en vrac par-là, mais ces cabanes ne sont pas des châteaux Renaissance entretenus par les Monuments Historiques, et il n’est pas rare qu’il en manque quelques tuiles. C’est en s’approchant que nous comprenons ce qui s’est passé : une partie de ces cabanes est sur pilotis. L’eau s’est engouffrée par en dessous, détruisant les planchers. Tout s’est effondré, on distingue en vrac un frigo, une cuisinière, des tables de travail, le tout détruit d’un coup de mer. Le vent, qui a été globalement bien moins destructeur qu’en décembre 1999, a là bouleversé l’ordonnancement traditionnel des toits de tôles. On distingue une voiture boueuse qui sèche, des objets du quotidiens posés dehors, le soleil fait son boulot, mais il y a tant de choses irrécupérables …

Quand une Bretonne croque l’île d’Oléron

Comme beaucoup de natifs de Paris, Yvonne JEAN-HAFFEN était originaire de Bretagne, chose fort classique à la fin du XIXe siècle. Je connais d’elle son œuvre de dessinatrice et de peintre, mais elle était aussi céramiste et a même collaboré à la création de motifs pour la faïencerie quimpéroise Henriot. Elle a longtemps vécu à Dinan, sur les bords de la Rance, où elle s’est installée une fois adulte, et une large partie de son œuvre a pour sujet la Bretagne : ses paysages, mais aussi ses habitants dans leurs activités quotidiennes. Yvonne JEAN-HAFFEN était ainsi un témoin de son temps. Elle est décédée dans sa maison de Dinan en 1993, à l’âge de 98 ans.
Hors de la Bretagne, elle a dessiné les Landes (en particulier la ville de Dax) ou la Corse, et a même fait une petite incursion sur l’île d’Oléron : il en résulte quelques croquis montrant des pêcheurs à la criée de la Cotinière, des ramasseuses d’huîtres ou le phare de Chassiron. Je préfère oublier son tableau intitulé Le Château d’Oléron, qui, à ma connaissance, ne représente rien existant sur l’île, et dont le style me convainc moyennement. Pour le reste (5 images en tout, prenez une vingtaine de secondes pour les regarder), c’est par là que ça se passe :

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

What’s new ? [jeudi 4 mars 2010, 16 h 45]

Tant de grues sur la tête …

Ce matin, alors que je vaque à des occupations servant de prétexte à ne surtout pas attaquer la pile de copies qui m’attend, mon regard se perd à la fenêtre : des gros oiseaux avancent assez vite en direction du nord est, on les entend crier mais quand même moins que les oies ou les canards. Dans les secondes qui suivent, ces mêmes oiseaux se rassemblent et tournent en rond dans le ciel de manière apparemment anarchique, la meute se trouve probablement juste au dessus du lac de Bordeaux, je n’habite pas bien loin. Ce sont des grues cendrées qui, après avoir hiverné dans les Landes, repartent vers la Champagne, la Lorraine, voire au-delà en Europe.

Collection # 37

Rouille




C’était écrit

Non pas Xynthia elle-même en tant que telle, mais le triste bilan en Vendée, bien plus effroyable que sur une île de Ré qui a fini coupée en trois sans que le nombre de victimes augmente de façon exponentielle : c’était écrit, en effet. Après l’émotion des premières heures, des articles aujourd’hui analysent plus froidement les causes de la catastrophe en Vendée, et ce qu’il en ressort montre à quel point les pouvoirs publics, les investisseurs, les lotisseurs et les promoteurs ont fait preuve de légèreté face à un risque pourtant connu et mesuré depuis longtemps.
Les communes de L’Aiguillon et de La Faute-sur-Mer, qui cumulent à elles seules plus de la moitié des victimes de cette tempête, sont ainsi montrées du doigt. Dans les deux cas, on est dans une zone marécageuse, asséchée au moyen-âge en même temps qu’une bonne partie du Marais Poitevin. Ce ne sont au départ que de minuscules bourgs. Des digues les protègent des assauts océaniques, certaines datent du XVIIe siècle et aucune n’a moins de 70 ans. Ces bourgs deviennent des stations balnéaires prisées des classes moyennes (d’où la présence relativement importante de campings), mais aussi de retraités qui s’installent définitivement dans des résidences secondaires qui leur ont coûté bien moins cher qu’à La Baule, à Arcachon ou sur la Côte d’Azur, pour un taux d’ensoleillement souvent assez proche. La population a ainsi augmenté assez fortement : celle de La Faute a doublé entre 1962 et 2006. Il s’agit là uniquement de la population recensée dans la commune, donc des résidents permanents. Le bâti est lui essentiellement constitué de résidences secondaires, qui n’étaient qu’en partie occupées au week-end dernier : toujours pour cette même commune de La Faute, les résidences secondaires sont six fois plus nombreuses que les résidences principales. On a donc un bâti qui s’est densifié et qui surtout occupe désormais des zones très proches des digues (photo aérienne de L’Aiguillon prise en 2007, qui montre bien l’estuaire du Lay qui sépare cette commune de La Faute).
Ces digues sont connues comme insuffisantes et donc dangereuses depuis 2007 : un rapport est allé dans ce sens, auquel fait aujourd’hui référence un article du Monde. Le vieillissement des digues étaient pointé comme cause possible d’une catastrophe en cas de très forte marée, ce qui fut prouvé dans la nuit de samedi à dimanche. Des travaux ont été engagés, mais trop tard et insuffisants. Comme il est écrit dans l’article, « la mer, qui jadis allait jusqu’à Niort, a brutalement repris ses droits ». Or ce risque était connu, Météo-France a fait son boulot avec rigueur et précision, et rien n’a été fait, avant l’heure H, pour évacuer les populations dont il était prévisible qu’une partie allait y laisser sa peau.
A cela s’ajoute des règles d’urbanisme qui ont eu plus le souci de l’esthétique que de la sécurité : il est largement interdit de bâtir des maisons de plus d’un étage (il est vrai que la transformation de certaines zones de la côte vendéenne en Mur de l’Atlantique a de quoi dégoûter tout amoureux de la mer), et beaucoup sont de plain pied : pas moyen de se réfugier à l’étage, comme cela a pu se faire ailleurs. Slate cite ainsi une récente étude de la DDE de Vendée qui montre que la « mémoire du risque » a disparu, plus personne ne semblant savoir que ces terres aujourd’hui habitées ont été gagnées sur la mer. Cet article voit aussi, comme cause ayant participé à la lourdeur du bilan humain, l’âge de la population : beaucoup de retraités, une population plus âgée qu’en Charente-Maritime par exemple, et qui donc a moins pu faire face physiquement à l’événement en train de se produire.

—> Illustration : Alessandro TURCHI, Le Déluge, début du XVIIe siècle

What’s new ? [lundi 1er mars 2010, 17 h 45]

—> Illustration : Paul SERUSIER, L’averse, fin XIXe siècle

Coïncidences

Le triste bilan de la tempête Xynthia est d’abord le résultat d’une série de coïncidences bêtement naturelles, auxquelles s’ajoutent des décennies d’approximation dans l’urbanisation du littoral (l’exemple de ce qui vient de se passer en Vendée en est une sordide illustration) et d’absence totale de culture du risque en France (si l’ordre d’évacuer avait été donné, les habitants exposés l’aurait-il tous pris au sérieux ? pouvions-nous imaginer l’océan comme chez lui dans les rues de La Rochelle ?).
Coïncidences ? oui : des vents particulièrement forts (jusqu’à 159 km/h sur l’île de Ré, jusqu’à 200 km/h dans certaines stations des Pyrénées) ; une marée haute au plus fort de la tempête (pleine mer à 4 h 34 à La Rochelle dans la nuit de samedi à dimanche) ; un coefficient de marée parmi les plus élevés de la saison (102, le maximum sera atteint demain : 116).
Or tout cela est banal, normal, naturel : il est habituel que le vent souffle en tempête en hiver en milieu océanique ; le phénomène des marées n’est imputable qu’au soleil et à la lune ; c’est ainsi. A marée descendante avec les coefficients de la semaine précédente (38 au plus bas, autant dire rien), le bilan serait ridicule, la mer n’aurait pas détruit les digues et ne serait pas entrée dans les maisons en un quart d’heure, tout bêtement par la porte du salon.
Le bilan s’est encore alourdit : 50 morts, il reste des disparus. C’est aussi un lourd bilan économique : dans les Pyrénées, des remontées mécaniques sont abimées voire détruites, certaines stations ne rouvriront pas d’ici la fin de la saison ; sur le littoral, des exploitations conchylicoles, en particulier des bouchots du côté de Charron, en Charente-Maritime, sont partis avec le flot. Passons sur l’état des campings, vous avez tous vu les images sur le web, dans la presse ou à la télé. Ce n’était pas un tsunami (pas de séisme à l’origine du phénomène), mais il n’est pas absurde que les survivants puissent faire le rapprochement, tant la soudaineté de l’événement les a surpris.