Si ça, ce n’est pas l’info du jour …

De quoi, de quoi, vous ne savez donc pas ce qui agite le microcosme de la presse en ligne, là, aujourd’hui ? le type un peu zarbi qui a ouvert le feu dans un lycée strasbourgeois ? y’a pas eu de bobo, ça va pas tenir la une plus de cinq minutes. Le TGV qui s’est emplafonné une voiture près de Rennes ? pas de bobo non plus, mais comme ça a mis les train en retard, ça va bien jaser jusqu’à ce soir. La confirmation de la culpabilité de Total dans la marée noire de l’Erika ? Ah non, mais attends, je te parle d’info, pas de choses compliquées qui obligent à réfléchir …
Tu remballes donc les attentats divers et variés, Volvo racheté par un groupe chinois, l’Afghanistan, l’Irak, les ex-détenus de Guantanamo qui n’ont aucun moyen de subsistance, la disparition de Siné-Hebdo, la Grèce qui menace de couler, et même le premier essai de big-bang in vitro que les caïds du CERN viennent de réaliser.
L’essentiel, mes chéris, est ici : Madame Genviève de Fontenay quitte la société Miss France (c’est une marque, comme Louis Vuitton ou Lidl, à chacun son standing) et crée sont propre concours de miss à elle toute seule, sans la société Endemol qui fait rien qu’à l’embêter.  Parce-que vous savez pas la dernière ? Miss Paris s’est montrée nue dans un magazine people. Si madame. Nue. Chez les Fontenay, ces choses ne se font pas. On a sa dignité, du savoir-vivre. Une jeune fille ne saurait se montrer nue. Chez les Fontenay, madame, on porte au-moins un chapeau.

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What’s new ? [mardi 30 mars 2010, 19 h 50]

—> Illustration : Jeff KOONS, Sandwiches, 2000

Un lycée à sauver

Un lycée expérimental, c’est trop rare en France pour qu’on en laisse un seul disparaître. Or, un lycée qui fonctionne différemment, qui implique les élèves à 100%, qui choisit de travailler sur d’autres bases que le cours magistral revisité (ou pas ! je connais des profs qui restent le cul sur leur chaise et qui débitent leur cours pendant toute l’heure, sans s’occuper des mômes face à eux, ça existe encore, c’est pathétique), ce type de lycée est non seulement utile, même indispensable, mais devrait surtout exister dans toutes les régions, on en est loin. A quoi sert un tel bahut ? à remotiver des jeunes qui n’ont pas trouvé leurs repères dans le système classique, mais qui sont intellectuellement fort capable de décrocher le bac et des diplômes du supérieur. Il faut juste leur donner la possibilité de travailler autrement.
Un de ces lycées est actuellement et brutalement menacé de fermeture : c’est le CEPMO, situé à Boyardville, sur l’île d’Oléron. Boyardville est le village de l’île qui a le plus souffert de la tempête Xynthia, mais le lycée, situé légèrement en hauteur, n’a rien eu. Si fermeture il y a, elle ne vient pas de là, mais d’une volonté municipale : le Rectorat de l’Académie de Poitiers loue les locaux du CEPMO à la commune de Saint-Georges-d’Oléron pour la somme de 10 000 € par an (les lycées expérimentaux ne sont pas forcément la propriété des conseils régionaux, et c’est bien dommage). Monsieur le Maire, dans sa grande bonté mâtinée de logique financière à deux balles, envisage très sereinement de multiplier ce loyer par dix. Soit il veut sciemment couler le lycée, soit le sens des réalités lui échappe. Il est clair qu’une telle hausse de prix n’est pas absorbable. Si le lycée ferme, les élèves se retrouveront à la rue, les profs seront mutés au mépris de tout le travail d’équipe réalisé. Un acte aussi médiocre, aussi mesquin, justifié paraît-il par la nécessité de faire d’importants travaux (je sais que les entrepreneurs en bâtiment de l’île appliquent facilement des tarifs hors normes, mais quand même …), n’attire que dégoût et colère. Parents, élèves et profs se mobilisent, plus ou moins bien relayés par la presse locale, en espérant que monsieur le maire ouvre les yeux et retrouve la raison.

Un jour les petits hommes verts se poseront sur le Bassin d’Arcachon

Un jour, c’est sûr, des Martiens, des Vénusiens, des Jupitériens ou des Gloubiboulguiens nous rendront visite à nous les Terriens. Ils y mettent le temps, mais la téléportation, ça demande des siècles et des siècles de réflexion, même si le temps passe plus vite sur Gloubiboulguie ou sur Mars que sur la Terre (par contre sur Vénus et Jupiter, y’a rien à faire, on s’ennuie, forcément le temps passe moins vite).
En 2002, un ovniport a été construit tout exprès dans l’Etat du Parana, au Brésil, mais trop tard : les petits hommes verts (et leurs grandes gigasses de bonnes femmes) savent bien qu’il ne s’agit là que d’une pâle copie. Le seul ovniport au monde se trouve sur le Bassin d’Arcachon, un joli (si ! si ! joli, faut juste s’en persuader), un joli monument le signale :

Dessus, gravé à l’or (ne lésinons pas, faut pas avoir l’air pingre pour recevoir ses amis), un long message qui dit notamment ceci :
« Le 15 août 1976, ce site a été réservé par décision de Monsieur le Maire Christian RAYMOND, approuvée par le conseil municipal pour accueillir sur notre planète les Voyageurs de l’Univers ».

L’idée a germé chez un électronicien qui considérait que si les extraterrestres ne venaient pas nous voir, c’était tout simplement parce-qu’aucune infrastructure n’était mise en place pour les accueillir. Là, au moins, nos potes martiens pourront passer l’été au camping, il est juste à côté.

What’s new ? [vendredi 26 mars 2010, 17 h 25]

Vodpod videos no longer available.

—> Illustration : Pierre BONNARD, La toilette, première moitié du XXe siècle.

À nouveau quitter l’Irlande

Dans la première moitié du XIXe siècle, le territoire de l’actuelle République d’Irlande (donc sans l’Irlande du Nord, restée britannique) voit sa population fortement augmenter, passant de 4,5 millions à 8 millions en à peine cinquante ans. L’île est alors une terre prospère, où nul malthusianisme ne vient perturber une fécondité fort dynamique. La population actuelle de la République irlandaise est aujourd’hui légèrement plus faible qu’en 1801. Que s’est-il passé ? Où sont passés nos Irlandais ? Certes, la fécondité n’est plus aussi soutenue aujourd’hui qu’au XIXe siècle, voire même que dans les années 1960, où elle était encore très légèrement supérieure à 4 enfants par femme (le double d’aujourd’hui). Comme partout, la population vieillit, et la seule structure par âge de la population explique en partie la baisse de la natalité. Classique, mais pas suffisant. Ce sont plutôt les migrations qui nous donnent l’explication : l’Irlande est une terre traditionnelle d’émigration. On a plus ou moins appris à l’école cette histoire de l’émigration des Irlandais au milieu du XIXe siècle, hommes et femmes fuyant la famine provoquée par une maladie de la pomme de terre, et se retrouvant au Canada, aux Etats-Unis ou plus loin encore, ce qui eut comme conséquence de faire de New-York la première ville irlandaise du monde (vrai encore aujourd’hui), un peu comme Marseille est la première ville corse de France.

Cette émigration s’inscrit dans une tradition plus ancienne encore : au Moyen-Age déjà, il était habituel de voir des Irlandais partir tenter leur chance chez le voisin anglais. Du XVIe au XVIIIe siècle, la principale cause d’émigration irlandaise est religieuse, les catholiques étant contraints à l’exil par les protestants. On les retrouve alors en France, en Italie ou en Espagne, où ils n’hésitent pas à s’enrôler dans les armées nationales, surtout lorsque celles-ci envisagent de mettre la pâtée aux Anglais (la République d’Irlande nait beaucoup plus tardivement, l’Irlande n’est alors qu’une colonie de la couronne). Dans le courant du XVIIIe siècle, cette émigration irlandaise reste soutenue, mais davantage pour des raisons économiques : faim de terre et faim tout court (la pression démographique est forte), envie de faire fortune ailleurs ou de voir du pays. Un émigrant sur trois s’embarque pour l’Amérique. C’est la famine du milieu du XIXe siècle qui provoque la plus grosse vague de départs, presque tous pour le Nouveau Monde. A partir de cette période, l’émigration irlandaise reste soutenue, avec certes des hauts et des bas (lois contre l’immigration aux Etats-Unis dans les années 1920, …), mais sans jamais s’arrêter.

Il faut finalement attendre la fin du XXe siècle pour voir la tendance s’inverser, et du coup la population irlandaise repartir à la hausse (3,9 millions d’habitants en 1981, 4,2 millions en 2006). Ce phénomène s’explique bien sûr par un véritable miracle économique, qui a valu à l’Irlande le surnom de « Tigre gaélique ». L’essor débute réellement en 1973, lorsque l’Irlande intègre la Communauté Economique Européenne et récupère les aides financières qui lui ont fait défaut jusque là. Ce petit pays, qui jusque là vivotait entre l’agriculture et un peu de tourisme, change complètement de cap : grâce à l’aide communautaire, le PIB du pays double en cinq ans et lui permet de réaliser les investissements nécessaires à sa modernisation ; les années 1990 sont celles du boom économique irlandais, le taux de croissance annuel du PIB battant même le record chinois en 1997 (plus de 10%). Des firmes transnationales implantent leurs filiales, les usines tournent à plein régime, l’industrie irlandaise attire ouvriers et ingénieurs : le solde migratoire devient positif. Cette manne est largement le fruit de l’essor de l’industrie électronique et informatique ; je me souviens  que mon premier Mac, acheté au milieu des années 1990, avait ainsi été assemblé en Irlande. Cette croissance soutenue connaît certes quelques petites baisses de régime, mais globalement le niveau de vie augmente et permet aux Irlandais de faire comme les copains : vivre au-dessus de leurs moyens. Les prix de l’immobilier s’envolent bien au-dessus de la valeur réelle des biens (330 000 € pour une maison ridicule avec deux chambres, près d’un aéroport, qui dit mieux ?), mais c’est pas grave : les banques prêtent sans sourciller, le rêve du « tous propriétaires » se réalise.

Là-dessus arrivent 2008 et sa crise. C’est la bérézina. Déjà des entreprises avaient délocalisé leurs usines d’Irlande vers des pays low cost : le Mac sur lequel je vous blogue est made in China, ça ne surprend personne. La Pologne, les Etats Baltes, mais aussi l’Asie ont ainsi récupéré ce qui avait soutenu l’économie irlandaise. Chacun son tour. La crise intensifie donc un phénomène déjà plus ou moins en marche. Les prix de l’immobilier dégringolent, le chômage explose, les banques ne lâchent plus la moindre pépette sans des garanties grosses comme l’héritage cumulé de douze oncles d’Amérique plein aux as. Ce reportage réalisé par France 24 il y a six mois montre bien les causes et les conséquences de cette crise :

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Que font alors nos Irlandais ? comme leurs ancêtres, ils repartent. Certes, ce ne sont plus des catholiques empêchés de bondieuser en paix ou des paysans crevant de faim, mais des gens diplômés, ingénieurs, scientifiques, … Ils reprennent les mêmes chemins que leurs grands-parents et arrière-grands-parents : les pays anglo-saxons (c’est pratique pour la langue) hors d’Europe, avec désormais un faible pour l’Australie et le Canada ; c’est toujours plus drôle que de retourner vivre chez papa et maman (autre tendance lourde en Irlande aujourd’hui). Le solde migratoire est redevenu négatif en 2009, année pendant laquelle le PIB du pays s’est effondré de plus de 7%.

—> Sources principales :

  1. Un article de Jean GUIFFAN, historien spécialiste de l’Irlande (université de Nantes) : la diaspora irlandaise (2003).
  2. Un article de Sébastien LABELLE, de l’université de Sherbrooke (Canada) : l’Irlande, tigre celtique ou modèle d’intégration ? (2008).
  3. L’article du Monde qui m’a donné l’idée de cette note : Irlande, le chant du départ (par Marie-Pierre SUBTIL ; article paru dans l’édition du 9 mars 2010).

—> Illustration : gravure montrant des émigrants irlandais sur un navire au XIXe siècle.