Tout est parti d’une discussion avec des lycéens de seconde, à propos des discriminations : ils évoquaient la mode, le gamin exclu parce-qu’il n’est pas sapé avec de la marque, et puis les blagues de blondes sont arrivées sur le tapis, classique. Jusqu’à ce qu’une jeune fille se mette à évoquer les a priori sur les roux, a priori que je croyais morts depuis plus de trente ans. Interloquée je fus, et j’avoue que je n’ai pris qu’à moitié au sérieux sa remarque.
Ce matin, je tombe sur un article de Slate qui m’aurait laissée sur le Q si je n’avais point été déjà vautrée sur le canapé, la tasse de café dans une main et le Mac sur les genoux. L’article s’intitule Etre roux, c’est pas si facile, sur le modèle de la chanson de Cookie Dingler dans les années 80 (« Etre une femme libérée, c’est pas si facile »).
Tout ce que m’avait raconté la jeune lycéenne se confirme : il y a bien des groupes anti-roux sur Facebook, dont les intitulés sont d’un racisme cru et bête. Il y a bien un « antiroussisme » galopant dans nos sociétés modernes, parce-qu’il est toujours facile de stigmatiser une minorité (3% de roux dans la population française) et que cracher sur l’Arabe du quartier, ça fait ringard (mais c’est du même ordre, c’est laid, abject et dangereux dans les deux cas).
L’article de Slate a ceci d’intéressant qu’il rappelle d’une part le côté scientifique de la couleur rousse (une simple histoire de mélanine), et d’autre part il revient sur la longue histoire de ce racisme-là, quelque chose qui remonte à la Grèce classique, lorsque Hippocrate élabore la théorie des quatre humeurs, qui donne naissance à des théories pseudo-scientifiques fumeuses mais qui imprègnent durablement l’inconscient collectif. C’est ainsi que, selon certaines caractéristiques physiques, à chaque homme correspondrait un animal : le roux se retrouve associé au renard et au cochon. J’aime bien les renards et les cochons, mais dans l’Antiquité et au Moyen-Age, ce n’était peut-être très tendance.
Les roux ont donc fini par en avoir marre d’être ainsi la cible des vannes de leurs camarades de classe ou de leurs voisins, et certains se sont organisés : rien ne vaut une bonne grosse colère pour se bouger les fesses ! Mais c’est quand même hallucinant de devoir se battre simplement pour faire admettre son joli minois et sa chevelure flamboyante, en particulier quand on est un homme (les femmes rousses s’en sortent apparemment mieux aujourd’hui, surfant sur une mode qui les valorise) ! Et si les non roux étaient simplement jaloux ?

—> Illustration : affiche du film de Julien DUVIVIER, Poil de Carotte (1925)

—> Mise à jour en forme de clin d’œil (23 février) : et si Jésus lui-même avait été roux ? cliquez ici.

2 réflexions sur “Le courroux des roux

  1. L’être humain trouve toujours plus misérable que lui, quand il cherche à rabaisser l’autre, celui qui est différent.
    Bien vrai que les femmes s’en sortent mieux sur ce coup là, la mode étant aux cheveux cuivrés !

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