Quelques heures avant le grand vent

C’était hier après-midi, avant que le Bassin d’Arcachon ne déborde dans les rues d’Andernos et avant que la mer déchaînée casse une digue et envahisse le village de Boyardville, sur l’île d’Oléron. C’était avant le grand vent qui a fait la une du JT de M6, l’effet de proximité le faisant passer avant le séisme au Chili.
Nous avons bénéficié d’une belle interruption de la pluie, et n’avons passé que peu de temps sur la plage océane principale du Cap Ferret, celle où arrive le petit train en été, puis nous avons gambadé assez longuement sur le sentier du littoral, protégés du vent par la dune.
Petit coup d’œil sur la plage tout de même :

La mer à des nuances vertes, grises et bleues, les vagues sont amples, régulières, et cassent dans un barouf infernal. Un seul surfeur s’est lancé, l’eau doit être très froide. Quelques promeneurs, emmitouflés jusqu’aux oreilles, avancent contre le vent pourtant ridicule par rapport à ce qui a soufflé la nuit suivante.
Les blockhaus dégringolent vers le bas de la plage, ce qu’il en reste est heureusement tagué, ça met de la lumière sur le béton sale et les barres de fer rouillées. Chacune de ces constructions de guerre se délite, et ça va de plus en plus vite. Les graffeurs n’ont plus de temps à perdre.

108 à 16 h 44

La messe est dite : c’était bien une alerte rouge. Le vent a dégommé son quota d’arbres, viré son stock habituel de tuiles, et privé de courant entre 800 000 et un million de foyers. Cette tempête porte le nom de Xynthia. La lettre X est attaquée alors que l’hiver a encore trois semaines à vivre. Il y a un an  et un mois,  nous n’en étions qu’à la lettre K. Le réchauffement climatique amplifie les extrêmes climatiques : les tempêtes normales en hiver en milieu océanique sont de plus en plus fréquentes et surtout de plus en destructrices. Il est heureux qu’il n’y ait pas eu un pétrolier ou un chimiquier en détresse au large …
Mon keum et moi-même avons fort mal dormi, tant le vent provoquait de bruit. Ce matin, il n’y avait que quatre ou cinq étals au marché du quai des Chartrons, l’autorisation tardive de déballer se cumulant avec les congés scolaires. Le pont d’Aquitaine a rouvert mais les stations de ski des Pyrénées restent fermées pour la journée. Cela est bien sûr ridicule face aux 18 morts qu’a faits cette tempête (bilan provisoire), plus par l’eau d’ailleurs que par le vent : comme prévu, le fort coefficient de marée a participé aux inondations. J’apprends par la presse en ligne que certains quartiers de Bordeaux ont été inondés et qu’une route s’est effondrée en Loire-Atlantique. Un ami nous a appris que certaines rues basses de la commune du Château d’Oléron étaient sous 50 cm d’eau. Cette après-midi, la mer sera haute à 16 h 44, avec un coefficient de 108, et le vent, bien que plus faible, continue de souffler. L’histoire de Xinthia n’est pas terminée.

—> Sources : Ouest-France et Sud-Ouest

Courant d’air annoncé

C’est l’hiver qui veut ça, mais l’alerte rouge, c’est quand même assez exceptionnel. La dernière fois, c’était il y a un peu plus d’un an, Klaus avait transformé la forêt des Landes en brindilles, entre autres dégâts. Cette fois, l’alerte rouge pour vents violents concerne quatre départements seulement mais dure jusqu’à lundi matin 7 heures. 64 autres départements sont en alerte orange, dont la Gironde : ce n’est donc pas un hasard si le Pont d’Aquitaine est interdit à la circulation cette nuit, et jusqu’à demain 10 heures. Ce sont les départements charentais, les Deux-Sèvres et la Vendée qui devraientt le plus déguster : on y prévoit des vents qui pourraient atteindre 150 km/h sur le continent, forcément plus sur les îles.
Ce qui m’inquiète plus que cette tempête, que Météo-France considère comme moins préoccupante que Martin en décembre 1999, c’est la conjonction avec de forts coefficients de marée (94 aujourd’hui, 115 attendu lundi) et d’importantes précipitations. Les cours d’eau sont déjà bien pleins, les vagues générées par le vent ainsi que la surcote de marée habituellement constatée dans ces circonstances pourraient, à certains endroits, occasionner des inondations. Météo-France a ainsi placé en vigilance orange la zone de confluence entre la Dordogne et la Garonne, mais des surcotes de la Garonne sont attendues en amont (jusqu’à Cadillac). De même, on peut s’attendre à une forte hausse du niveau de la Seudre (sud de la Charente-Maritime), de la Loire entre Les Ponts-de-Cé (au sud d’Angers) et l’estuaire, et de l’Oust (rivière de l’est du Morbihan, qui se jette dans la Vilaine à Redon, haut-lieu des inondations bretonnes). A suivre, mais le site de Météo-France est saturé …

—> Source de la carte de vigilance « vents violents » : Météo-France, 27 février 2010, 16 h 00.

What’s new ? [vendredi 26 février 2010, 21 h 00]

  • Faut-il interdire la chasse le dimanche ? personnellement, je réponds oui. Et puis aussi le samedi. Et puis le mercredi à cause des gosses. Mais les chasseurs ne sont pas forcément du même avis (La Dépêche).
  • Bidasse, c’est la classe. Le métier attire les jeunes des banlieues dites « difficiles » : l’armée kiffe les quartiers (Les Inrocks).
  • Une question qui mérite d’être posée à deux semaines des régionales : comment être élu quand on est inéligible ? certains politiques réussissent cet exploit, tel ce conseiller général de Moselle inéligible depuis 2007 (Slate).

—> Illustration : Fernando BOTERO, Le chasseur, 1980

Un apéro bien arrosé

On ne peut pas dire que nous n’étions pas au courant : hier, Météo France, relayé par Sud-Ouest, avait émis un avis de tempête pour la Charente-Maritime et, dans une moindre mesure, la Gironde. On s’attendait à des rafales, des bourrasques et de la pluie, mais pas avant le début de Star Wars sur M6, ça nous laissait le temps de prendre un apéro sympa Chez Pompon, en terrasse.
Nous sirotions ainsi un verre de blanc et grignotions chorizo et saucisson, papotant tranquillement, doucement bercés par une légère brise tiède, le manteau était superflu, qui a dit que février est en hiver ?
D’un coup, le store qui protège la terrasse a menacé de s’envoler, le vent nous a poussés telle la main d’un géant, et nous nous sommes accrochés à la table, sans pour autant lâcher nos verres et l’assiette de grignotes, il y a des choses importantes dans la vie. Les plantes en pots se sont retrouvées à l’horizontale, des morceaux de plastique et de métal ont traversé le trottoir, de grosses gouttes brutales se sont abattues sur les habitués du lieu, qui se réfugièrent rapidement dans la salle surchauffée et bruyante.
15 secondes de vidéo muette, qui ne rendent que très partiellement compte de la réalité :

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

Ce coup de vent a été l’affaire de quelques minutes. La vraie tempête s’est levée au milieu du film et a soufflé pendant une bonne partie de la nuit, déshabillant le bois du jardin de sa bâche protectrice et nettoyant le ciel, désormais tout bleu.

Coup d’œil sur les années 30 [2]

Avant-hier, j’ai présenté ici-même un des bâtiments conçus par l’architecte toulousain Jean Montariol, à savoir la Bourse du Travail (cliquez ici). Aujourd’hui, retour vers la même ville, la même époque, le même quartier et le même architecte : il s’agit cette fois de la Bibliothèque de la rue de Périgord, un bâtiment superbe consacré désormais à la conservation et à la consultation d’œuvres patrimoniales. On y trouve ainsi des manuscrits de Racine, des estampes représentant les Pyrénées, ainsi qu’une documentation très riche sur la franc-maçonnerie.

Cette bibliothèque a été mise en chantier en 1935. Ce fut pendant longtemps la seule grande bibliothèque publique de la ville, et une des premières en France à mettre à disposition un fonds destiné aux enfants, et ce dès 1940. Le style art déco prévaut aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur (photo de la salle d’étude). Le bâtiment est orné d’un immense bas-relief, dont certains panneaux font nettement référence à l’Antiquité :

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

What’s new ? [jeudi 25 février 2010, 9 h 05]

  • Une idée de voyage : redécouvrez New York (Libé).
  • L’article est paru il y a une semaine dans le Daily Telegraph et son auteur voit dans chaque Français mâle et parisien un coureur de jupons ne regardant chez la femme que la partie communément appelé « fessier »: tous des pervers et des cochons (Courrier International).
  • Si un film cartonne au box-office, ce n’est pas grâce à son scénario, sa mise en scène ou le talent de ses acteurs, mais parce-qu’il obéit à des règles mathématiques précises : une formule pour les films à succès (Sciences&Avenir).

—> Illustration : affiches de films classés parmi les 50 films qui ont rapporté le plus d’argent depuis 1937  (classement wikipedia, établi en tenant compte de l’inflation, et qui donc place Autant en emporte le vent au 1er rang, et non Avatar, tout de même classé 3e alors qu’il est encore en salle actuellement).

Tous les Heinz n’étaient pas des nazis

Heinz Stahlschmidt avait 14 ans lorsque Hitler accéda au pouvoir. Heinz était un jeune homme sympathique, pas spécialement fan des idées nazies, ni accro à la guerre. Lorsque celle-ci éclate, ce jeune gars de Dortmund se trouve enrôlé comme tant d’autres de sa génération. Il a 21 ans lorsqu’il est envoyé en France, en l’occurrence à Bordeaux, et il n’aime toujours ni Hitler ni la guerre : c’est un mec bien. La ville de Bordeaux lui plait, il s’y sent bien. Bien sûr il y a cette verrue de base sous-marine (entre parenthèse : notre plus bel espace d’expos photos aujourd’hui ; allez donc jeter un œil sur celle qui s’y trouve actuellement, présentant essentiellement les photos que George Rodger a réalisées pendant la Seconde Guerre mondiale). Bien sûr il y a cette putain de gestapo et ces horreurs de croix gammées partout. C’est laid à vomir, Bordeaux est occupée dès la capitulation de Pétain, ville trop proche de la mer, port trop important pour qu’on n’y mette pas du nazi partout, le petit doigt sur la couture du pantalon pour assouvir les fantasmes du Fürher. Heinz est donc posé là, dans ce décor qu’il aime mais dont le scénario le gêne : on lui demande de faire sauter le port de la Lune, sur 10 km de part et d’autre du Pont de Pierre. En bon petit soldat, il est censé poser les charges de dynamite tous les 50 mètres. Un grand baoum dont la ville n’est pas sûre de se remettre, 3000 victimes potentielles, un désastre. Un désastre d’autant plus débile que la Wehrmacht est en pleine débandade, la guerre touche à sa fin et on sait d’ores et déjà fort bien que le moustachu à la mèche agressive n’est pas le vainqueur. Cette politique de terre brûlée lui semble insensée, il est bouffé par les scrupules, scrupules que n’eurent pas les sanguinaires abêtis qui incendièrent Oradour, mais c’est un autre problème. Heinz aime Bordeaux et sabote le sabotage dont il était chargé, prenant un risque considérable, celui d’y laisser sa peau. Il fait sauter le dépôt de munitions de la rue Raze, dans le quartier des Chartrons, munitions qui devaient donc servir à anéantir le port. Il agit seul, l’aide espérée n’étant jamais venue. Nous sommes le 22 août 1944. Heinz n’a plus d’autre solution que de se réfugier auprès d’un groupe de résistants. La ville est libérée moins d’une semaine plus tard.
Heinz devient un héros. Il reste vivre à Bordeaux et obtient la nationalité française en 1947. Il prend alors le nom d’Henri Salmide. Il ne retourne à Dortmund, sa ville natale, qu’en 2001. Heinz, ou Henri, appelons-le comme on veut, est mort hier à l’âge de 92 ans. Ses obsèques se dérouleront samedi prochain au cimetière protestant de Bordeaux.

—> Illustration : une épave datant de la guerre, toujours visible dans la Garonne à marée basse.

—> A cliquer :

Collection # 36

La Garonne à Toulouse (février 2010)




What’s new ? [mardi 23 février 2010, 13 h 30]

  • Un bon gros dodo, ça met en pleine forme ! Faire la sieste doperait les capacités mentales, selon une étude américaine à laquelle le Nouvel Obs consacre un article.
  • Un rapport de l’ONU vient d’être publié, pointant du doigts la hausse vertigineuse de la quantité de déchets électroniques qui se dirigent chaque année vers la Chine, l’Inde, et d’autres pays en développement qui acceptent de trier à la main métaux lourds et autres matières premières ayant permis à nos téléphones portables d’être démodés après le 5e coup de fil ! Les déchets électroniques, une montagne insurmontable ? (Le Monde).
  • Portrait du dernier né des pays d’Europe : Kosovo, cinq mythes à démonter (CaféBabel).

—> Illustration : Andrew WYETH, Daydream, fin des années 1970.

Coup d’œil sur les années 30 [1]

Toulouse, juste derrière le chevet de l’église Saint-Sernin. Le bâtiment blanc tranche avec l’habituelle brique orangée, le logo CGT est bien visible, l’ensemble est édifié dans un pur style art déco : c’est la bourse du travail de Toulouse, plus modeste par sa taille que celle de Bordeaux, mais pas moins intéressante.

Ce bâtiment est l’œuvre d’un architecte toulousain qui a profondément marqué la ville de sa patte sociale, on lui doit notamment un immense parc des sports, des logements sociaux, des écoles, la superbe bibliothèque de la rue Périgord, des kiosques à journaux ou à autre chose, etc. Cet architecte est Jean Montariol. La bourse du travail n’est ni son œuvre la plus grande ni la plus connue : les différents articles et pages web que j’ai consultés la mentionnent à peine, rappelant essentiellement l’historique de cette institution sans s’étendre sur l’aspect architectural pourtant tout aussi essentiel. J’apprends ainsi que la première bourse du travail toulousaine était un ridicule local de trois pièces, octroyé par la Mairie en 1890. Il faut attendre l’arrivée des socialistes au Capitole dans l’entre-deux guerres pour que l’architecture et l’urbanisme prennent en compte les besoins réels d’une population toujours plus nombreuse : la ville gagne 115 000 habitants entre le début des années 1920 et la fin de la deuxième guerre mondiale, pour beaucoup des ouvriers de l’aéronautique. C’est alors que Jean Montariol entre en scène, décorant ses bâtiments des traditionnels motifs art déco, sans oublier les allusions au prolétariat. La bourse du travail présente ainsi des bas-reliefs illustrant divers corps de métier, manuels ou non, comme ici le boulanger :

—> A cliquer :

  • la notice Wikipédia consacrée à Jean Montariol
  • une vidéo de 1987 présentant une partie de l’œuvre de Jean Montariol, en particulier le parc des sports

What’s new ? [lundi 22 février 2010, 9 h 50]

La maison de l’homme qui aimait les jambes des femmes

Quartier St-Pierre à Bordeaux, dans une petite rue à restos, la rue des Faussets. Une plaque attire mon attention (photo ci-contre à droite), notamment parce-qu’elle utilise le fameux style sms, du moins pour un mot. J’apprends ainsi que cette maison fut celle de Pierre Molinier, homme d’images, de corps et de mots, fasciné par les jambes des femmes depuis l’âge de trois ans. Un expo lui a été consacrée à Bordeaux en 2005, et aujourd’hui (et jusqu’au 7 mars) certaines de ses œuvres sont exposées à L’Isle-Adam, en région parisienne.
Cet homme est connu par son art (photo, peinture, poésie) mais aussi par son mode de vie qui, jusqu’à son suicide en 1976, passa pour sulfureux : une récente note du blog Les 400 culs en parle très bien.
Indépendamment de l’homme et de son goût pour les travestis (qu’il était plus ou moins lui-même), j’ai surtout regardé la maison (ci-contre à gauche), plus originale qu’il n’y parait si on omet de lever le nez, mais il est vrai que dans cette rue étroite et sans recul, on frôle le torticolis dès que l’on veut voir les sculptures du dernier étage.
Un jeune garçon est ainsi étendu au-dessus du premier étage, tandis que quelques animaux se partagent les angles des fenêtres des étages supérieurs. Je ne sais ni qui a fait construire cette maison, ni en quelle année, mais il est clair que sans la plaque apposée par « la commune libre de Saint-Pierre en vieux Bordeaux », je n’aurais rien vu du tout et aurais passé mon chemin.

Le canal de Brienne

Etienne-Charles Loménie de Brienne est essentiellement connu comme contrôleur général des Finances nommé par Louis XVI en 1787, alors que le roi ne savait plus à quel saint se vouer pour sortir le pays du marasme financier dans lequel il était plongé. Sa famille est originaire de l’actuel département de l’Aube, où elle fit bâtir le dernier château construit avant la Révolution. C’est Loménie de Brienne qui, entre autres actions, promut le libre-échange dans le royaume, ce qui n’allait pas de soi à cette époque encore fort marquée par le colbertisme. Il était à la fois proche de Marie-Antoinette et ami de Voltaire, ce qui peut sembler paradoxal. Comme bon nombre d’hommes politiques sous l’Ancien Régime, il était avant tout un homme d’Eglise. Il fut ainsi archevêque de Toulouse, et c’est à ce titre que j’évoque son nom aujourd’hui.

Son nom est ainsi celui qui a été donné à un petit canal toulousain (1,6 km, ça fait une balade à pied très sympa sur les chemins de halage), au départ nommé « canal St-Pierre ». Ce canal (photo ci-dessus) avait initialement pour but de relier le canal du Midi à la Garonne, via le port de l’Embouchure dont j’ai parlé il y a quelques jours. Les travaux durèrent onze ans, et le canal fut mis en service en 1776. Côté Garonne comme du côté des Ponts-Jumeaux, son niveau d’eau est régulé par des écluses (photo ci-contre à gauche, côté Ponts-Jumeaux) et rejoint, soit le port de l’Embouchure soit la Garonne en passant sous une arche de briques (photo ci-dessous, côté Garonne).

C’est une belle ligne droite, matérialisée par un trait bleu sur la carte :

On peut s’y balader à l’ombre en été. Le chemin de halage, en contrebas d’une avenue très passante puisqu’elle relie le centre-ville à la rocade ouest toute proche, est finalement assez calme. Trois péniches sont désormais sédentarisées (deux d’entre elles sur la photo de droite). L’une d’elle est un restau, une autre est à vendre. Si vous avez quelques sous et une âme de marin d’eau douce, à vous de jouer :

What’s new ? [jeudi 18 février 2010, 10 h 05]

Les vieux ponts neufs

A Paris comme à Toulouse, le franchissement du fleuve nommé « Pont-Neuf » est le plus ancien pont de la ville encore debout, ne serait ce que parce-que pendant fort longtemps (en gros jusqu’aux XVe-XVIe siècles), les ponts étaient faits de bois et, de surcroît, souvent couverts. Ces constructions ont disparu avec le temps, emportés notamment par le fleuve en crue. Coup d’œil sur ces deux ponts (Paris à gauche, Toulouse à droite) :

Si l’on pose comme date de construction des ponts la date de la pose de la première pierre, le plus vieux de ces deux Ponts Neufs est celui de Toulouse, dont la construction a réellement débuté en 1544, alors que le chantier de son homonyme parisien a été ouvert en 1578. Dans les deux cas, les travaux furent perturbés par les guerres de religion. Il fallut ainsi 29 ans pour que le pont de Paris soit achevé et … 88 ans pour celui de Toulouse ! Il faut dire que ce dernier franchissait un fleuve autrement plus sournois que la Seine, et que son financement fut plus difficile à mettre en place (un impôt exceptionnel levé trois ans avant le début effectif des travaux n’ayant pas suffit). Dans les deux cas, les ponts résistèrent aux crues des fleuves, y compris les colères de la Garonne et la crue parisienne de 1910. Ce sont aussi les plus vieux ponts en pierres des deux villes, décoré plus sobrement à Toulouse qu’à Paris, où une statue équestre d’Henri IV orne son centre, là où il enjambe la pointe de l’île de la Cité.

Collection # 35

Lire, écrire, compter




What’s new ? [mardi 16 février 2010, 21 h 30]

Requiem pour une perche

Dans mes débuts de vie bloguesque, j’avais dressé un petit compte-rendu d’un film qui m’avait scotchée dans le fauteuil rouge de l’Utopia : Le cauchemar de Darwin. La perche du Nil, poisson arrivé dans le lac Victoria grâce aux mauvais soins de l’homme dans les années 1950, se retrouvait non seulement sur le banc du poissonnier, sa place habituelle, mais aussi au ban des groupes écolo de tout poil, qui voyaient en elle, à plus ou moins juste titre, la cause de tous les malheurs des riverains du lac. Il est vrai que l’introduction de l’animal a aboutit à la destruction d’espèces endémiques, et que sa pêche, quasi-miraculeuse, a attiré une population toujours plus nombreuse, à la recherche bien compréhensible d’un job un tant soit peu rémunérateur. S’ensuivit la classique pression sur les écosystèmes et, à terme, la pression sur les humains eux-mêmes.
Le film était sans nuance, l’effet immédiat : plus jamais de ce poisson dans mon assiette, et pas seulement parce-qu’il a fait beaucoup trop de kilomètres pour venir me titiller de ses arrêtes.
L’affaire rebondit aujourd’hui : de criminelle par destination, la perche du Nil devient victime. Un article du Monde pointe du doigt la baisse franche des effectifs de la perche dans le lac Victoria, en lien direct avec la surpêche. Il y aurait environ deux fois moins de poissons dans le lac aujourd’hui qu’en 2006, et les perches capturées sont près de deux fois plus petites qu’il y a trois ans. En clair, on pêche de plus en plus de juvéniles, qui n’ont pas eu le temps de se reproduire. La menace d’une disparition ou du moins d’une raréfaction dramatique de l’espèce dans le lac pèse donc à court terme, et de ce fait menace directement la survie des deux millions de personnes qui dépendent, directement ou non, de cette activité. Les autres espèces présentes dans le lac ne pourront pas supplanter la perche quand celle-ci aura disparu. Il est donc temps, après lui avoir cassé du sucre sur les écailles, de sauver la perche afin de sauver les habitants des trois pays riverains du lac. Trois Etats chargés de mener la barque : l’affaire ne sera pas simple …

Le courroux des roux

Tout est parti d’une discussion avec des lycéens de seconde, à propos des discriminations : ils évoquaient la mode, le gamin exclu parce-qu’il n’est pas sapé avec de la marque, et puis les blagues de blondes sont arrivées sur le tapis, classique. Jusqu’à ce qu’une jeune fille se mette à évoquer les a priori sur les roux, a priori que je croyais morts depuis plus de trente ans. Interloquée je fus, et j’avoue que je n’ai pris qu’à moitié au sérieux sa remarque.
Ce matin, je tombe sur un article de Slate qui m’aurait laissée sur le Q si je n’avais point été déjà vautrée sur le canapé, la tasse de café dans une main et le Mac sur les genoux. L’article s’intitule Etre roux, c’est pas si facile, sur le modèle de la chanson de Cookie Dingler dans les années 80 (« Etre une femme libérée, c’est pas si facile »).
Tout ce que m’avait raconté la jeune lycéenne se confirme : il y a bien des groupes anti-roux sur Facebook, dont les intitulés sont d’un racisme cru et bête. Il y a bien un « antiroussisme » galopant dans nos sociétés modernes, parce-qu’il est toujours facile de stigmatiser une minorité (3% de roux dans la population française) et que cracher sur l’Arabe du quartier, ça fait ringard (mais c’est du même ordre, c’est laid, abject et dangereux dans les deux cas).
L’article de Slate a ceci d’intéressant qu’il rappelle d’une part le côté scientifique de la couleur rousse (une simple histoire de mélanine), et d’autre part il revient sur la longue histoire de ce racisme-là, quelque chose qui remonte à la Grèce classique, lorsque Hippocrate élabore la théorie des quatre humeurs, qui donne naissance à des théories pseudo-scientifiques fumeuses mais qui imprègnent durablement l’inconscient collectif. C’est ainsi que, selon certaines caractéristiques physiques, à chaque homme correspondrait un animal : le roux se retrouve associé au renard et au cochon. J’aime bien les renards et les cochons, mais dans l’Antiquité et au Moyen-Age, ce n’était peut-être très tendance.
Les roux ont donc fini par en avoir marre d’être ainsi la cible des vannes de leurs camarades de classe ou de leurs voisins, et certains se sont organisés : rien ne vaut une bonne grosse colère pour se bouger les fesses ! Mais c’est quand même hallucinant de devoir se battre simplement pour faire admettre son joli minois et sa chevelure flamboyante, en particulier quand on est un homme (les femmes rousses s’en sortent apparemment mieux aujourd’hui, surfant sur une mode qui les valorise) ! Et si les non roux étaient simplement jaloux ?

—> Illustration : affiche du film de Julien DUVIVIER, Poil de Carotte (1925)

—> Mise à jour en forme de clin d’œil (23 février) : et si Jésus lui-même avait été roux ? cliquez ici.

What’s new ? [samedi 13 février 2010, 18 h 30]

—> Illustration : Bordeaux à gauche (novembre 2009), Toulouse à droite (février 2010).

La mare aux canaux

C’est un bassin à mi-chemin entre la rocade et le centre-ville de Toulouse, reconnaissable à l’ensemble de ponts qui le ferme d’un côté. Ce bassin était autrefois un port, dit « Port de l’Embouchure », qui permettait de transborder des marchandises d’un canal à l’autre. Aujourd’hui, on y trouve des bateaux de tourisme et deux embarcations pour joutes nautiques : « Raymond » en bleu et « Riquet » en rouge.

Ce site toulousain est celui des Ponts-Jumeaux, les fameux ponts ayant été édifiés à la fin du XVIIIè siècle pour rattacher le Canal du Midi au Canal Latéral à la Garonne, permettant ainsi de concrétiser le projet de canal reliant la Méditerranée à l’Atlantique, projet déjà envisagé à l’époque romaine. Avant d’aller plus loin, prenons le temps de faire un petit repérage :

C’est bon, vous y êtes ? Si on se place face aux ponts, on voit ainsi, de gauche à droite, l’arche ouvrant vers le Canal Latéral à la Garonne, celui qui finit sa course à Castets-en-Dorthe. Au centre : le Canal du Midi, qui se jette dans la Méditerranée via le bassin de Thau. Et enfin, sur la droite, le petit Canal de Brienne qui relie le tout à la Garonne.

J’ai bien sûr un faible pour le Canal Latéral, celui qui va vers Bordeaux. Lorsque j’aurai l’occasion de revoir la « pincée de tuiles » chère à Nougaro, je pense que j’irai vers ce canal-là, histoire d’y voir les péniches accostées, que l’on devine en se penchant pour faire la photo :

En décor enfin, en position centrale, se trouve un bas relief de marbre blanc représentant la jonction des deux-mers :

What’s new ? [vendredi 12 février 2010, 19 h 00]

  • Officiellement, l’auteur du Discours de la méthode serait mort des suites d’une pneumonie, alors qu’il donnait des cours de philo tôt le matin dans une pièce sans chauffage. Un universitaire allemand en doute fortement : il y a des preuves que René Descartes a été assassiné (Rue 89).  L’affaire rebondit donc, 360 ans après les faits.
  • Le thon rouge fait partie des grands classiques de la gastronomie basque. Il est pêché de façon traditionnelle, par des bateaux de taille modeste et à la ligne. Bref, ce n’est pas cette pêche-là qui le détruit, mais bien la pêche industrielle dont le produit est à 80% destiné au marché japonais. La position de la France quant à un arrêt pur et simple de la pêche au thon rouge, même dans 18 mois seulement, inquiète à juste titre les marins-pêcheurs de la côte basque : préserver le thon rouge, mais aussi la pêche locale est donc une préoccupation majeure (Sud Ouest).
  • Des artistes chinois censurés, c’est tristement banal … en Chine. Quand les artistes chinois sont censurés en France … (Aujourd’hui la Chine).

Du temps où Bordeaux était le 3e port de France …

… il fallait quelques infrastructures de base pour accueillir les navires, mais aussi les entretenir et les réparer. Je parle là de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, un temps lointain que plus rien ou presque ne permet d’imaginer aujourd’hui, tant le port reste vide, du moins en ce qui concerne le site même de Bordeaux. Même en prenant en compte la totalité des terminaux portuaires, qui s’étendent sur toute la longueur de l’estuaire jusqu’à l’embouchure, on voit bien que Bordeaux n’est plus qu’un tout petit port de second rang. Tenez, rien que pour aujourd’hui, il n’y a que cinq navires à quai, dont quatre sur le seul site de Bassens. On est loin des trafics des grands ports européens, mais ce n’est pas le sujet du jour. Une fois de plus, je m’égare …
Port de Bordeaux = grand port, c’est l’équation du XIXe siècle. Pour entretenir les navires en escale, deux formes de radoub furent creusées en même temps que le premier bassin à flot qui les accueille. Les travaux commencèrent en 1869 pour la première des deux formes, en 1892 pour la seconde, qui est aussi plus petite. Pour bien visualiser le tout, prenons de la hauteur :

Que sont devenues ces cales à bateaux ? Voici l’une d’elle, dans laquelle se reflète une vieille grue à l’état de rouille avancée :

Elles ont cessé de fonctionner en 1984. Les portes permettant de faire entrer le bateau dans la cale, ainsi que les systèmes de pompe permettant d’évacuer l’eau afin de transformer la piscine en cale sèche, sont encore en place, mais là aussi abimées, gagnées par les herbes, envahies par les débris divers et pas toujours naturels (vus les objets présents sur les lieux  — matelas éventré, vieille chaise déglinguée, bouteilles d’alcool vides — et les tags divers, il est clair que l’humain fréquente ponctuellement ces lieux bien que ce soit interdit de s’approcher de cette zone du port) :

Le local dans lequel se trouvait la machinerie permettant de faire fonctionner les portes est encore debout, mais les vitres sont cassées, la toiture n’est plus étanche, des graffitis plus ou moins réussis recouvrent la mosaïque de briques caractéristique des bâtiments industriels de ce quartier de Bordeaux :

L’ensemble a été classé par les monuments historiques en 2008, mais rien ne semble bouger pour réellement préserver le lieux et surtout pour permettre au grand public de le visiter. C’est dommage, mais il faut un temps pour tout, et certains projets en cours (un musée du vin sur le site de la fourrière toute proche) permettront peut-être la mise en valeur de ce patrimoine maritime.

—> Illustration (en haut à gauche) : André LHOTE, Entrée du bassin à flot à Bordeaux, 1912

Collection # 34

Clichés rochelais




What’s new ? [mardi 9 février 2010, 18 h 15]

—> Illustration : détail d’un tableau de Pietro LONGHI, XVIIIe siècle.

L’homme à tout faire

Bruce Krebs est né et travaille à La Rochelle. Il est à la fois architecte, éditeur de BD et cinéaste (il possède son propre studio de cinéma d’animation), bref : un homme d’images. Il est aussi sculpteur, et c’est à ce titre que j’en parle aujourd’hui.
Fidèle à sa ville, il lui a laissé, à ce jour et à ma connaissance, deux œuvres : le « Globe de la Francophonie » et « De génération en génération ».

Le « Globe de la Francophonie » (photo ci-dessus), inauguré en 2000, est bien visible des visiteurs, à deux pas du parking St-Jean-d’Acre qui accueille les principaux concerts des Francofolies. Les zones en relief représentent les régions où l’on parle le français. Si on y regarde de plus près, on distingue des villages avec leurs clochers, il parait même que les tours de La Rochelle y ont été sculptées.
L’autre œuvre, que j’ai découverte il y a une semaine, se planque derrière ce même parking, sur les remparts. Il s’agit d’un bas-relief en bronze baptisé « De génération en génération », et posé là en 1999 (photo ci-dessous). Des visages d’hommes sont empilés, les cranes des uns devenant des livres que ceux du dessus lisent. On pourrait passer des heures à tout détailler, distinguer les personnages qui semblent clonés de ceux qui semblent uniques.

Vive le vent !

Météo annoncée : vent fort sur le littoral aquitain, pouvant entraîner des creux de 7 à 8 mètres au large des côtes. Et sur la côte, ça souffle. Déjà cette nuit, c’est la tempête qui nous a réveillés. Et donc, qui dit vent fort le samedi, dit virée au Ferret dans l’après-midi, même s’il y a de la pluie (ce qui ne fut que très peu le cas). Du vent, il y en avait vraiment, qui soulevait le sable et nous montrait pour de vrai ce qu’est l’érosion éolienne. D’où cette mini vidéo muette de sept secondes, regarde bien, ça va très vite :

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

Le sable est si fin que, par moment, on a l’impression que les quelques promeneurs émergent de la neige :

Il y a toujours des courageux, qui bravent les éléments, et ça c’est vraiment du sport :

Il y a enfin les doux rêveurs, les inconscients, qui testent leur équilibre. Et puis mon keum et moi qui marchions contre le vent. On en a plein les pattes, mais on est contents.

LU y-es-tu ?

Les petits beurres LU, vous connaissez ? vous savez aussi qu’ils sont nés à Nantes ? c’est bon, vous avez les bases, on peut continuer. La biscuiterie LU s’installe donc à Nantes vers le milieu du XIXe siècle. L’affaire est florissante, et les biscuits avec des oreilles et des dents se vendent comme des petits pains. Tout est fait sur place, et pas seulement la fabrication des gâteaux : boîtes en fer, caisses en bois pour les livraisons, cartonnages, tout. Au tournant du siècle, et inspiré par un bâtiment qu’il a admiré lors de l’expo universelle de Paris en 1900, monsieur Lefèvre-Utile décide de transformer son usine en véritable palais de l’industrie. Face au château des ducs de Bretagne, deux tours purement décoratives s’élèvent alors à partir de 1909 (voir photo datant des années 1940). L’une d’elles est détruite lors des bombardements de 1943. La rationalisation qui prévaut dans l’urbanisme d’après-guerre, véritable ode au « tout bagnole » dont Nantes fait dramatiquement les frais, aboutit à la destruction de la seconde tour dans les années 1970. Le tournant « patrimoine à donf' » des années 1990 permet à une des deux tours de renaître, copie conforme de son ancêtre anéantie : l’affaire est bouclée en 1998, pile pour la coupe du monde de foot, et deux ans avant l’ouverture du Lieu Unique, centre d’art contemporain qui s’empare des lieux.
La tour est ouverte au public tous les après-midi du mardi au dimanche, pour la modique somme de deux euros. Une petite grimpette (130 marches) agrémentée de diaporamas retraçant l’histoire de la marque et celle de la tour, permet d’atteindre une sorte de coupole vitrée dans laquelle se trouve une plateforme qui tourne (à actionner manuellement, ça amuse les enfants). De là, on voit fort bien la ville, en particulier la gare toute proche. On a aussi une vue intéressante sur le toit du Lieu Unique, qui a gardé son architecture industrielle.

What’s new ? [vendredi 5 février 2010, 15 h 00]

  • Kraft ne vient pas seulement de boulotter le fleuron du chocolat britannique en effectuant une OPA mal digérée sur Cadbury, mais s’est du même coup offert un vieux classique made in France : Cachou Lajaunie croqué par Kraft Foods (La Dépêche), la célèbre boite jaune étant déjà la propriété de Cadbury depuis 2003, et faisant donc partie du lot.
  • La découverte d’un sarcophage vieux de plus de mille ans ouvre une piste pour comprendre le mystère de la disparition des Mayas (L’Huma).
  • La zone franche établie sur une friche industrielle d’un quartier de La Rochelle attire en priorité des professions libérales ; c’est vrai que c’est plus facile de payer le renouvellement du 4×4 tous les six mois si on paie peu ou pas d’impôt : sous le béton, le paradis fiscal (Sud Ouest).

—> Illustration : publicité de 1920 pour le cachou Lajaunie.