De plus en plus de maigres en Angleterre

Le maigre est un merveilleux poisson gras (donc bon pour la santé), qui grogne sous l’eau la nuit (c’est ainsi que les pêcheurs le repèrent), et qui fait nos délices au four avec du vin blanc sur un doux lit d’oignons, ou simplement poché comme le merlu avec un petit beurre citronné. Le maigre est un poisson fréquent dans l’estuaire de la Gironde, ainsi qu’au large des côtes charentaises : le premier maigre que j’ai goûté venait du port de La Cotinière, sur l’île d’Oléron. Mais au rythme auquel le climat se réchauffe, il se pourrait bien qu’il faille aller plus au nord pour pêcher du maigre, notamment au large des côtes anglaises, tandis que des poissons quasi-tropicaux viennent désormais se faire prendre dans les filets des pêcheurs girondins et charentais, qui parfois restent pantois devant une drôle de bébête qu’ils n’ont pas l’habitude de trouver là voire qu’ils ne connaissent pas.

Petit catalogue de ces nouveaux poissons, qui migrent vers le nord au fur à mesure que la température des eaux de surface monte. En dehors des délicieux poulpes, de quelques soles du Sénégal et de l’excellent saint-pierre, ces poissons ne se mangent pas :

  • la baliste, surnommée « poisson cochon » en Espagne car c’est, tout comme le maigre, un poisson grogneur. Ça mord et ça ne se mange même pas.
  • des requins jusque là inexistants sur nos côtes, comme le requin-marteau.
  • la volumineuse sériole (son poids peut atteindre 100 kg), qui intéresse les pêcheurs sportifs car la bestiole sait se défendre, mais qui embête bien le marin sur son chalutier, parce-qu’il a plus urgent à faire que se battre avec un tel monstre.

A l’inverse, des animaux fréquents ici tendent à frayer plus au nord : on voit ainsi migrer le fameux maigre dont je parlais au début, mais aussi les langoustines qui étaient encore si abondantes du côté de Ré et Oléron il y a une dizaine d’années, et même les anchois, qui ont quasiment disparu, ou les bars, qui passent carrément dans la Manche et dans la Mer du Nord. Le réchauffement climatique, dans le cas de ces disparitions de poissons, n’est qu’un élément d’explication parmi d’autres : la surpêche et la pollution ont bien sûr une responsabilité importante dans cette histoire.

—> Source : Jean-Denis RENARD, La boussole des poissons indique le nord, Sud-Ouest, 1er décembre 2009.

—> Illustration : L’eau, d’ARCIMBOLDO (milieu du XVIe siècle).

Une réflexion sur “De plus en plus de maigres en Angleterre

  1. … Et quand les maigres discutent le bout de gras, ça fait grand bruit ! 😛
    La lamproie à la Bordelaise risque aussi de devenir une spécialité d’outre-manche, puisqu’on prédit la même mutation géographique pour les vignobles.
    Arcimboldo à l’honneur, ce n’est pas pour me déplaire !

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