Les Girondins de Bordeaux

Redim-2De 1894 à 1899 fut édifié à Bordeaux le monument des Girondins, en mémoire des députés du même nom exécutés par les Montagnards le 31 octobre 1793. Petit détail : un bas-relief représentant les députés en question devait être apposé sur la colonne, or il ne vit jamais le jour. Si des raisons financières furent à l’origine de l’abandon du projet, ce sont surtout des raisons politiques qui laissèrent la sculpture en plan : lorsque celle-ci aurait dû être financée, la mairie de Bordeaux était passée à gauche, et rendre hommage aux leaders politiques à l’origine de la droite, fut-elle républicaine, ça chatouillait les édiles comme une arête au fond de la gorge. Donc de Girondins il n’y a point sur le monument censé les honorer.
Redim-1En 1989, fêtant comme il se doit le bicentenaire de la Révolution, la municipalité installe sur la colonne une plaque sur laquelle sont gravés les noms de huit députés : des Girondins vraiment d’ici. Je croyais naïvement qu’il s’agissait de huit hommes exécutés le 31 octobre 1793, or ce n’est pas systématiquement le cas. Une petite balade de flemmasse dans Wikipédia m’a permis de faire un point rapide :

  • François BERGOEING, maire du village de Saint-Macaire, échappa à la guillotine car il parvint à s’enfuir après son arrestation, en juin 1793 (il mourut de manière tout à fait naturelle en 1829). Bien qu’il considéra Louis XVI coupable, il ne vota pas sa mort et aurait aimé un référendum populaire pour décider du sort du monarque déchu.
  • Henri BOYER-FONFRÈDE pose souci : on en trouve trace, mais l’homme serait né en 1788, ce qui fait un peu jeune pour être député pendant la Terreur. Par contre, son père, Jean-Baptiste, était bien député à la Convention. Il vota la mort du roi. Bien que négociant, il était opposé à l’esclavage, fait rare pour l’époque dans les rangs du grand commerce bordelais. Il fut arrêté et exécuté avec les autres Girondins. Le mystère « Henri » n’est pas pour autant levé.
  • Jean-François DUCOS, beau-frère du précédent et lui aussi exécuté avec les autres chefs Girondins, était issu d’une famille de négociants de Bordeaux qui l’avait envoyé apprendre le métier à Nantes. Néanmoins, il préfèra la politique et, bien que siégeant aux côtés des Girondins, il partageait un certain nombre d’idées avec les Montagnards.
  • Armand GENSONNÉ, avocat et co-fondateur du musée de Bordeaux (avec Vergniaud, qui figure aussi sur cette plaque), était favorable à un référendum populaire pour décider du sort du roi. Il fut arrêté et guillotiné avec les autres chefs Girondins en juin 1793, et refusa de s’enfuir alors qu’il en avait la possibilité.
  • Elie GUADET, originaire de Saint-Emilion, était avocat. Avec Gensonné et Vergniaud, il fut l’un des fondateurs du groupe politique des Girondins, bien que ce nom ne fut vraiment popularisé que plus tard par Lamartine. Favorable à la Constitution de 1791, celle qui instaurait le suffrage censitaire et qui donnait d’énormes pouvoirs au roi malgré sa trahison, il s’opposa systématiquement aux Montagnards, en particulier à Marat. Il fut arrêté avec les autres chefs Girondins en juin 1793, mais parvint à s’enfuir. Il fut retrouvé très peu de temps après dans la maison familiale, puis exécuté.
  • Jacques LACAZE, originaire de Libourne, fut guillotiné avec les autres chefs girondins en octobre 1793, bien qu’il ne fit pas partie des députés arrêtés en juin. Il vote contre la mort du roi mais pour sa réclusion puis son bannissement. C’est son opposition à Marat qui lui valut la mort.
  • Antoine LAFARGUE DE GRANGENEUVE ne semble pas bien connu. Je sais juste qu’il a été éxécuté avec les autres chefs Girondins en octobre 1793.
  • Pierre-Victurnien VERGNIAUD, originaire de Limoges, était avocat alors que son père l’avait imaginé en prêtre. Il présida l’assemblée à plusieurs reprises, et c’est même lui qui prononça la suspension du roi le 10 août 1792. Lors de la première session de l’assemblée législative, en 1791, il siègea à l’extrême-gauche où il se montra très virulent contre les émigrés (ceux qui ont fui la Révolution) et les prêtres réfractaires (qui refusaient de prêter serment à la Constitution Civile du Clergé en échange d’un salaire). Néanmoins, il condamna la violence des sans-culottes, et, bien qu’il partageat un certain nombre d’idées avec les Montagnards, il se détacha d’eux assez rapidement, notamment à propos de la mort du roi : il était favorable à un référendum populaire. Il s’opposa aussi à la mise en place du tribunal révolutionnaire. Il fut arrêté et exécuté avec les autres leaders girondins.
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